L'analyse de Lavrov sur le caractère des Russes contextualise leur culture stratégique
https://korybko.substack.com/p/lavrovs-insight-into-russians-character
ANDRÉ KORYBKO. 2 octobre 2026
Il a suggéré qu'ils sont pragmatiques, parfois optimistes au point d'être naïfs, et qu'ils ont également tendance à ne pas s'attaquer de manière proactive aux crises latentes.
Début septembre , lors d'une intervention à son ancienne école, l'Institut d'État des relations internationales de Moscou (MGIMO), rattaché au ministère russe des Affaires étrangères, Lavrov a partagé quelques réflexions sur le caractère de son peuple. Il a notamment déclaré : « Chaque fois que nous concluons un accord, nous le faisons par pragmatisme. Il est possible que certaines émotions entrent en jeu de notre côté, compte tenu de la force de notre caractère. »
Il a ensuite ajouté, et c'est important : « Nous aimons les contes et les fables, ainsi que la littérature russe, qui nous enseignent l'humanité. Le pragmatisme est, bien sûr, toujours présent. Nous ne concluons aucun accord sans pragmatisme ni sans un équilibre des intérêts. » Son dernier point, révélateur de la nature russe, fut lorsqu'il déclara : « Vous savez, cela fait aussi partie de notre nature : attendre la crise pour se mettre en action. Ceux d'entre vous qui viennent des pays voisins ressentent la même chose face à la vie. »
Tout ceci permet de contextualiser la culture stratégique russe, c'est-à-dire la manière dont ses bureaucraties diplomatiques, d'experts, de renseignement et politiques perçoivent le monde. Cette culture est essentielle pour comprendre comment elles interprètent les nouvelles informations et élaborent et mettent en œuvre leurs politiques, notamment en matière de politique étrangère et de sécurité. À la lumière des révélations de Lavrov, les Russes sont pragmatiques, mais parfois optimistes au point de frôler la naïveté. Ils ont également tendance à ne pas s'attaquer proactivement aux crises latentes.
Compte tenu de ces caractéristiques, il devrait être relativement plus aisé pour les observateurs de comprendre pourquoi la Russie a été dupée par les accords de Minsk, notamment en raison de la naïveté, voire de l'optimisme excessif, de ses responsables, qui les ont aveuglés sur la réalité qui se déroulait sous leurs yeux pendant toutes ces années où l'Occident arma l'Ukraine jusqu'aux dents. Par conséquent, la Russie a « attendu que la crise se déclenche pour agir », ce qui signifie qu'elle n'a pas activement cherché à contraindre l'Ukraine à appliquer les accords de Minsk avant d'avoir vent d'une offensive planifiée dans le Donbass.
De façon moins significative, mais non moins pertinente, cela explique aussi pourquoi la Russie a formulé ses demandes de garanties de sécurité auprès des États-Unis et de l'OTAN fin 2021, malgré l'évidence qu'elles seraient rejetées a posteriori. Comme l'a déclaré Lavrov : « Nous aimons les contes et les fables, ainsi que la littérature russe, qui nous enseignent l'humanité. Le pragmatisme est, bien sûr, toujours présent. »
La Russie pensait donc que l'Occident préférerait conclure avec elle une série d'accords pragmatiques qui permettraient d'éviter, de manière humaine, le conflit imminent qu'elle laissait présager.
Le fait que nombre de Russes « attendent que la crise éclate pour agir » explique aussi pourquoi la Russie n'a pas cherché à empêcher la défection progressive de l'Arménie, la chute d'Assad malgré la fragilité de son gouvernement, ni la récente guerre du Mali, déclenchée en partie par le rejet par Bamako de son accord avec les Touaregs quinze mois auparavant. C'est également pourquoi la Russie n'a pas tenté d'empêcher le bloc viking , la Pologne , la Turquie et le Japon de constituer leur « cordon sanitaire » dans l'Arctique et la mer Baltique, en Europe centrale, au cœur de l'Eurasie et en Asie du Nord-Est.
Il va sans dire que l'attrait des Russes pour les « contes de fées et les fables » explique en grande partie la persistance de l'illusion dans leur culture stratégique, malgré les avertissements de Poutine à ce sujet durant l'été 2022.
Quoi qu'il en soit, il semble que les membres des instances bureaucratiques russes concernées aient enfin pris conscience de la nécessité de modifier ces aspects de leur culture stratégique, ce qui pourrait leur permettre de corriger les dysfonctionnements à l'origine de ces problèmes de perception qui perdurent.

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