Pologne : après une nuit de silence, la Commission von der Leyen adoube Tusk et son coup d'Etat, contre le président élu
Pendant que le président polonais Karol Nawrocki dénonce la prise de contrôle par la force d'un organe constitutionnel, la presse française préfère regarder ailleurs. Quant à la Commission européenne, muette pendant les premières heures, elle finit par donner raison au gouvernement de Donald Tusk. L'étrange indignation à géométrie variable de Bruxelles est désormais assumée au grand jour et sans fard.
Il était un peu plus de quatre heures du matin, samedi, lorsque la déclaration du président polonais a été lue devant les grilles du Tribunal constitutionnel, après plusieurs heures passées à l'intérieur. Karol Nawrocki y dénonce une "violation de l'ordre constitutionnel" et la "prise de contrôle par la force" d'un organe de l'État, avant d'invoquer une menace pour la sécurité intérieure et de convoquer les partis en urgence. Quelques heures plus tôt, il avait fait demi-tour en plein vol vers Dakar, fendu la foule et le cordon policier, puis lancé aux juges que Tusk venait d'imposer dans les murs sans son aval "vous n'êtes pas juges du Tribunal constitutionnel".
À Paris, l'affaire glisse sur les médias mainstream comme une brève de fin de semaine, recopiée de dépêche en dépêche sans en changer le moindre mot, à coup de "droite nationaliste" d'un côté et de "gouvernement centriste" de l'autre, sans même se demander ce qui aurait été écrit si un gouvernement non européiste avait envoyé des policiers casqués autour d'une cour suprême.
Pour sa part, Bruxelles s'est tue toute la nuit de vendredi à samedi, alors que les images de bousculades devant la plus haute juridiction polonaise tournaient en boucle. Cette même Commission qui a gelé des dizaines de milliards d'euros destinés à la Pologne au nom de l'indépendance des juges n'avait soudain plus rien à dire...
Puis quand la parole fut enfin revenue, ce fut bizarrement pour adouber Donald Tusk, l'ancien président du Parti populaire européen, de la famille politique d'Ursula. Son commissaire à la Justice, Michael McGrath, expliquant à Politico que le Tribunal devait fonctionner conformément à la Constitution polonaise mais à la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union. Un autre porte-parole devait même enfoncer le clou ce dimanche auprès du Kyiv Independent, en affirmant que la désignation des huit nouveaux membres du Tribunal entrait dans les pouvoirs de la Diète. Pour le reste, de la suspension du président du Tribunal par une juge qui n'a jamais prêté serment devant le chef de l'État, aux forces de l'ordre mobilisées pour la rendre effective, la Commission n'a pas trouvé grand chose à redire.
Loin de Bruxelles, d'autres voix se sont élevées, à commencer par celle du Premier ministre slovène Janez Janša, qui a écrit sur X qu'il n'avait jamais imaginé, quand son pays rejoignait l'Union, voir un jour la police envoyée au Tribunal constitutionnel polonais. Viktor Orbán, désormais ancien chef du gouvernement hongrois, parle d'une "violation flagrante de la Constitution polonaise" et accuse Donald Tusk d'avoir mené un coup d'État contre son propre peuple. En France, Marine Le Pen a exprimé sa "profonde inquiétude" et dénoncé l'indifférence de l'Union comme le silence des médias. Outre-Manche, Nigel Farage, le chef de Reform UK, a jugé sur X la situation polonaise très grave et résumé l'affaire en une formule sans nuance : des arrestations, une descente au Tribunal constitutionnel, "tout cela pour défendre une UE antidémocratique". Le Roumain George Simion, chef de l'AUR, dont le pays a vu sa présidentielle annulée en 2024, va plus loin encore et accuse "Tusk, le dictateur" de détruire en ce moment même la démocratie polonaise. Même l'ambassadeur américain Tom Rose, qui refuse officiellement de prendre parti, évoque une confrontation sans précédent autour de l'usage que fait le gouvernement de la puissance publique. Donald Tusk, lui, préfère retenir que l'ancien président russe Dmitri Medvedev s'est joint au concert, une manière un peu simpliste de ranger tous les contradicteurs dans un camp apparenté à celui du Kremlin.
Le Tribunal parle de coup d'État sur son compte officiel, et le premier président de la Cour suprême convoque mardi une assemblée extraordinaire sur les menaces pesant sur l'ordre constitutionnel. En 2021, Ursula von der Leyen déclarait devant le Parlement européen que la Commission ne reconnaissait pas ce même Tribunal "trop" indépendant, argument qui sert visiblement aujourd'hui de blanc-seing pour le prendre par la force. L'État de droit, à la mode bruxelloise, a donc ses favoris, pour ne pas parler de chouchous de Bruxelles.
Reste à savoir si l'Union européenne aura encore longtemps les moyens de ses ambitions, quand la vindicte gagne les capitales et que les urnes, d'un bout à l'autre du continent, envoient des signaux qu'on ne balaie plus à coup de communiqué. L'horloge tourne plus vite qu'il n'y parait pour une von der Leyen de plus en plus bousculée.
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