Pesticides : votre commune est-elle exposée ? Vérifiez avec un outil inédit
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16 avril 2026 à 07h00 Mis à jour le 16 avril 2026 à 15h20
Reporterre a mis au point un moteur de recherche pour consulter l’exposition aux pesticides de votre voisinage. 183 substances dangereuses ont été cartographiées sur l’ensemble du territoire métropolitain.
Fin mars, alors que Laurent Duplomb peaufinait sa proposition de loi pour réintroduire des pesticides interdits, une carte interactive des mesures de pesticides dans l’air montrait leur présence sur l’ensemble du territoire français. Même des produits interdits depuis vingt ans peuvent être quantifiés. Régulièrement, aussi, des habitants découvrent que leur eau est non conforme en raison de la présence de pesticides. Par exemple, dans le Nord et le Pas-de-Calais fin janvier, ou dans la Marne fin février.
Cette contamination de l’air et l’eau nous rappelle à quel point notre environnement est désormais imprégné de pesticides. Mais tous les territoires ne sont pas logés à la même enseigne.
C’est ce que montrent notre module de recherche inédit par commune et notre carte. Nous avons, commune par commune, superposé les données scientifiques sur l’exposition aux pesticides à celles de l’activité agricole. Zones viticoles, et surtout plaines à blé… Certaines cultures nous exposent plus. Qu’en est-il chez vous ? Quel est l’indice d’exposition aux pesticides de votre commune ? C’est ce que vous allez découvrir grâce à notre module de recherche ci-dessous :
Senantes
OiseNotre module de recherche affiche, pour chaque commune de France métropolitaine [1], trois informations (la méthodologie détaillée est en fin d’article) :
- L’indice d’exposition aux pesticides : il est issu de l’étude « Pesticides en France : dix ans d’exposition aux substances actives » menée par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB). Il porte sur la période 2013-2022, et est calculé à partir des achats de pesticides par commune et des mesures de pollution de l’air et des eaux de surface.
- L’activité agricole majoritaire, établie à partir des données du recensement agricole de 2020.
- La culture la plus traitée aux pesticides pour chaque commune. Elle peut être différente de l’activité agricole dominante, voilà pourquoi nous l’avons précisée. Ces données ont été obtenues via les données du cabinet Solagro.
L’indice d’exposition aux pesticides évalue leur présence globale dans l’environnement. Ce « n’est pas un indicateur de risque », insiste Stanislas Rigal, un des chercheurs qui l’a élaboré. Si votre commune a un indice d’exposition élevé, cela ne mesure pas votre risque de développer une maladie liée à cette exposition. Il vous informe plutôt sur l’imprégnation de votre environnement.
Nos données permettent aussi de superposer types de culture et imprégnations des territoires aux pesticides. Notre carte de France métropolitaine permet ainsi de repérer les territoires où l’exposition aux pesticides est la plus intense et de visibiliser quelle activité agricole y est pratiquée.
Selon les communes, l’indice d’exposition aux pesticides va de 0,02 à 1,23 pour le plus élevé. Sur cette échelle, la majorité des communes ont un indice bas. Seules 1 360 d’entre elles se placent dans la moitié haute de l’indice (1,23), c’est-à-dire au-dessus de 0,615. Ces territoires fortement exposés aux pesticides vont avec certaines cultures : 830 localités ont le blé tendre comme culture la plus traitée, 294 municipalités la vigne, puis 135 d’entre elles la pomme de terre.
Dans le Bassin parisien, une exposition massive aux pesticides
Nos données montrent que les zones de grandes cultures sont celles où l’exposition aux pesticides est la plus forte. Sur la carte, les couleurs les plus intenses indiquent que l’exposition aux pesticides dangereux est plus élevée qu’ailleurs. Les zones de grandes cultures céréalières du Bassin parisien ressortent ainsi dans un jaune plus intense.
Parmi les 100 communes les plus exposées en France, près de la moitié sont localisées dans le département de la Seine-et-Marne où les grandes cultures sont majoritaires. C’est d’ailleurs dans ce département que se situe la commune avec l’indice d’exposition le plus élevé de France : Gesvres-le-Chapitre, où il atteint 1,23. Les grandes cultures dominent ce bourg où le blé tendre y est la culture la plus traitée.
Selon Stanislas Rigal, ces résultats s’expliquent par le fait que « le blé tendre est cultivé selon les méthodes de l’agriculture intensive qui, pour répondre à la demande de rendement, utilisent beaucoup d’intrants ». Le colza et l’orge sont également en partie responsables de ces indices d’exposition élevés puisqu’ils sont en rotation avec le blé au cours de l’année.
« La culture qui consomme le plus de pesticides en France est le blé, car il représente à la fois la majorité des surfaces traitées et a un IFT assez élevé [indice de fréquence de traitement, il reçoit beaucoup de traitements], surtout dans les régions où le potentiel de rendement est le plus élevé », explique Aurélien Chayre, ingénieur chez Solagro.
« Les grandes cultures sont les principales responsables de la présence des pesticides dans l’environnement »
Les grandes cultures peuvent donc être gourmandes en pesticides, et ce sont celles qui occupent la plus grande partie de la surface agricole utile (SAU) française. En 2020, elles recouvraient 12,7 millions d’hectares, soit 47 % de la SAU. Résultat : « Les grandes cultures sont les principales responsables de la présence des pesticides dans l’environnement, estime Pauline Cervan, chargée de mission réglementaire sur les pesticides dans l’association Générations futures. Ce sont principalement dans ces zones de grandes cultures que l’on constate des non-conformités de l’eau potable liées aux pesticides. »
Ce sont effectivement ces territoires des Hauts-de-France qui ressortent comme offrant une eau déconseillée à la consommation sur la carte « Dans mon eau » réalisée par Générations futures, qui renseigne sur la qualité de l’eau potable en fonction de la présence de plusieurs polluants chimiques (pesticides, nitrates, PFAS, CVM et perchlorates).
Nos résultats sont cohérents avec ceux obtenus par Le Monde dans sa carte de la « pression pesticide » à proximité des écoles. Les quatre cultures les plus problématiques identifiées sont la vigne, les arbres fruitiers, et deux grandes cultures : le colza et le blé tendre d’hiver.
La vigne en deuxième position
Si les vignes ne représentent qu’environ 3 % de la surface agricole utile, elles concentreraient pourtant 13 % des achats nationaux de pesticides, selon les chiffres de la profession. « La vigne est la deuxième culture qui expose le plus [aux pesticides], observe Aurélien Chayre, notre carte sous les yeux. Les données montrent à la fois une exposition forte via l’indice d’exposition et un nombre de traitements très important via l’IFT ; il y a une corrélation entre ces deux indicateurs. »
Dans les régions viticoles du Bassin aquitain, qui se distinguent très nettement en violet, tout semble se corroborer : la viticulture est majoritaire, l’indice d’exposition aux pesticides est à un niveau élevé et la vigne est désignée comme étant la culture la plus traitée. Au sein de ces vignobles, certaines communes ressortent davantage par leur couleur violet foncé qui traduit une exposition accrue. L’indice d’exposition y oscille entre 0,7 et plus de 1 (par rapport à un maximum de 1,23). À Sainte-Sévère (Charente), au milieu des vignes du cognac, l’indice d’exposition moyen atteint le taux record de la région à 1,06. Les parcelles de vignes y sont les plus traitées aux pesticides.
Or, c’est désormais prouvé scientifiquement : habiter près des vignes vous expose davantage aux pesticides. C’est la conclusion de l’étude PestiRiv, publiée le 15 septembre par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et Santé publique France (SPF) qui s’est déroulée dans six régions viticoles (Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur). Elle indique que « les riverains des zones viticoles sont plus exposés aux pesticides appliqués sur ces cultures que les personnes éloignées de toute culture ».
Les territoires d’élevage extensif moins touchés
Les territoires d’élevage, en marron sur notre carte, semblent plus préservés. Dans le Massif central, où l’élevage extensif en prairie prédomine, l’indice d’exposition avoisine zéro ; ces zones sont donc relativement épargnées. En Bretagne, en revanche, notre carte indique une exposition plus forte liée à l’élevage industriel caractéristique de la région, avec notamment plus de grandes cultures (blé tendre ou maïs ensilage) destinées à nourrir des animaux qui sortent peu ou pas de leurs bâtiments.
Elles sont toutefois moins traitées que dans les zones de grandes cultures, ce qui donne un indice d’exposition aux pesticides plus faible dans les communes d’élevage que dans les communes de grandes cultures. « Quand on a un potentiel de rendement, que le blé est destiné à des filières longues avec des exigences de qualité, comme dans le nord ou le Bassin parisien, on va mettre plus d’intrants, dit Aurélien Chayre. Alors que dans les territoires de polyculture-élevage, où l’on cultive pour le bétail, on a beaucoup moins besoin de traiter. »
« Les maires doivent se saisir du sujet »
Que faire si vous habitez dans une commune où l’indice d’exposition est élevé ? Ne pas paniquer, d’abord. Comme nous l’expliquions ci-dessus, l’indice d’exposition est avant tout un indicateur de présence globale dans l’environnement, il n’indique pas de risque pour la santé. Cependant, « dans les communes où l’exposition est plus forte, les maires doivent se saisir du sujet », dit Aurélien Chayre. Alors que les maires viennent d’être élus, c’est le moment de les interpeller.
Certes, les élus communaux ne peuvent pas tout faire. L’affaire dite des arrêtés antipesticides, un mouvement lancé par le maire de la commune de Langouët (Ille-et-Vilaine), s’est terminée par une décision du Conseil d’État indiquant que les édiles ne peuvent pas réglementer l’épandage de pesticides sur leur commune.
Mais il existe d’autres voies d’action. En amont des municipales, Générations futures a lancé le site Source commune, qui indique la pollution des eaux de surface, la qualité de l’eau du robinet et la quantité de bio servie dans les cantines de chaque commune. Plusieurs propositions sont faites aux maires pour réduire l’exposition aux pesticides des habitants de leur commune : mettre plus de bio à la cantine, subventionner la distribution d’aliments bio aux enfants et femmes enceintes, aider des agriculteurs et agricultrices bio à s’installer, organiser le dialogue entre riverains et agriculteurs pour inciter à étendre les zones de non-traitement, ou encore mettre en place des baux ruraux à clauses environnementales avec les agriculteurs et agricultrices pour garantir la non-utilisation des pesticides.
Voir la méthodologie sur l'article original
L’indice d’exposition aux pesticides créé par la FRB et l’Inrae a été construit à partir de données géolocalisées avec une précision de moins de 10 km. Nous avons repris ces centaines de milliers de données, puis les avons condensées afin de calculer une moyenne par commune.
Mais cette carte a ses limites. D’abord, l’étude de la FRB et de l’Inrae s’est concentrée, pour calculer son indice d’exposition aux pesticides, sur un échantillon non exhaustif de 183 substances actives [2] — un pesticide est une formulation commerciale, et contient « substance active », qui est celle supposée avoir un effet insecticide, herbicide ou fongicide. Ont été retenues celles considérées comme les plus dangereuses et classées dans la catégorie officielle CMR : cancérigène, mutagène ou reprotoxique pour lesquelles des données étaient disponibles entre 2013 et 2022.
« Le problème est que cette classification officielle ne prend pas en compte toute la littérature scientifique, regrette Pauline Cervan. Et met par exemple de côté le glyphosate, qui est pourtant l’herbicide le plus utilisé en France. » Stanislas Rigal reconnaît que leur étude a eu une approche « conservatrice » en ne retenant que les substances actives reconnues comme les plus dangereuses. Une façon de rendre le résultat plus robuste. Allonger la liste de substances étudiées aurait sans doute renforcé les degrés d’exposition constatés.
Ensuite, l’indice d’exposition n’a pas été étendu aux territoires d’outre-mer en raison d’un manque de données sur la période définie. Or, ces territoires ne sont pas épargnés.
Par ailleurs, il s’agit d’un niveau d’exposition moyen par commune : il peut y avoir des disparités à une échelle plus précise au sein des communes.
L’activité agricole majoritaire est, selon le recensement agricole, celle générant au moins les deux tiers de la production agricole sur la commune.
Pour chaque commune, nous avons aussi indiqué quelle culture est la plus traitée. Cette information se base sur l’indice de fréquence de traitement (IFT), c’est-à-dire le nombre de doses de pesticides appliqués en moyenne sur chaque type de culture (blé, colza, vigne…) par hectare sur une année, selon les données de Solagro.
Nous avons utilisé les données de l’IFT hors biocontrôle. Cela signifie que les produits utilisant par exemple des phéromones ou des substances naturelles pour protéger les cultures ne sont pas pris en compte.
Enfin, nos interlocuteurs ont souligné que la principale difficulté pour évaluer l’exposition réelle aux pesticides en France est le fait que les registres d’épandage, remplis par les agriculteurs pour chaque parcelle et chaque traitement, sont encore souvent sur papier et pas directement accessibles.


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