NI : Le dilemme de Trump face à l’Iran : frapper ou perdre la face ?
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Photo : « The National Interest »
La décision de bombarder l'Iran pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les États-Unis. Ne pas le faire pourrait être bien pire, souligne « The National Interest ».
« Nous avons beaucoup de navires qui se dirigent vers cette direction [l'Iran], au cas où… Nous avons une armada qui se dirige vers là-bas, et peut-être que nous n'aurons pas à l'utiliser. »
Le président Donald Trump a lancé cet avertissement le soir du 22 janvier, six jours après avoir publiquement remercié l'Iran d'avoir, selon certaines sources, suspendu ses exécutions massives de prisonniers politiques. Il y a quelques années, une telle contradiction aurait été perçue comme une manifestation de l'imprévisibilité trumpienne. Aujourd'hui, elle apparaît davantage comme une méthode : une ambiguïté stratégique appliquée à ses adversaires, notamment la République islamique.
L'apparente ambiguïté de Trump s'est heurtée à une crise iranienne d'une ampleur sans précédent. Ce qui avait commencé comme une série de manifestations contre les difficultés économiques a rapidement pris une tournure politique, avec des slogans appelant au renversement du régime. La répression a été sanglante. Le gouvernement iranien a établi le bilan des récentes manifestations à 3 117 morts.
Dans ce contexte, la rhétorique de Trump a été d'une franchise inhabituelle. Au début de l'année, avant la répression, le 47e président a averti que les États-Unis étaient « prêts à intervenir », a déclaré que l'Iran « aspirait à la LIBERTÉ » et a exhorté les manifestants à poursuivre leur mouvement, affirmant que « l'aide était en route ». Pourtant, les États-Unis n'ont pas mené de frappe durant la phase la plus intense de la répression.
Ce décalage entre encouragement et retenue face à la force a sans doute influencé les calculs de Téhéran. La République islamique semble avoir parié sur une répression rapide et massive qui mettrait fin à la crise suffisamment vite pour priver Washington de tout prétexte à intervenir. Or, les déploiements américains au Moyen-Orient laissent penser que la crise n'est pas « terminée » aux yeux de Washington, même si Trump se dit ouvert au dialogue. Il en résulte un dilemme : que Trump décide de frapper ou non, sa décision aura des conséquences qui façonneront non seulement la République islamique, mais aussi la manière dont les Iraniens et l'opposition étrangère perçoivent les États-Unis.
Si l'Amérique déclenche une guerre, elle risque de ne pas pouvoir la contenir.
Une attaque américaine d'envergure contre l'Iran confronterait Washington à un problème fondamental : elle déclencherait un conflit armé qu'il lui serait extrêmement difficile de contenir. Le précédent de juin 2025 est souvent qualifié d'« escalade contrôlée » : des frappes aériennes américaines en Iran, suivies d'une riposte iranienne mesurée visant à sauver la face et à projeter une image de force auprès de l'opinion publique intérieure, puis d'un cessez-le-feu. Mais une nouvelle attaque, survenant après des troubles et une répression de masse, serait probablement perçue à Téhéran moins comme une action punitive limitée que comme une menace pour la survie du régime. Dans ce contexte, l'Iran pourrait juger qu'il ne peut se permettre la retenue et réagir avec une force bien plus importante.

L'Iran avertit depuis longtemps qu'une attaque directe des États-Unis contre ses institutions fondamentales « embraserait la région » et menace de riposter de la même manière. La logique iranienne est simple : en étendant le champ de bataille, en mettant à rude épreuve les défenses américaines et en augmentant le coût des opérations, Téhéran peut exercer une pression politique intérieure aux États-Unis, tandis que les dépenses militaires de Washington s'accumulent. Même affaibli, Téhéran conserve de nombreuses options pour infliger des pertes aux forces américaines dans la région : missiles, drones, attaques par procuration, cyberopérations, harcèlement maritime et menaces sur les flux énergétiques transitant par le détroit d'Ormuz. Un régime qui se croit en lutte pour sa survie peut rapidement recourir à des moyens maximalistes, non pas parce qu'ils garantissent la victoire, mais parce qu'ils permettent d'infliger le maximum de dégâts possible à l'adversaire avant la défaite.
Il n'est pas non plus certain que les États-Unis puissent détruire le régime iranien par une action militaire. Une frappe ne provoquerait peut-être pas un changement de régime à elle seule, mais elle pourrait créer les conditions qui le rendent plus envisageable.
L'inaction donnerait une image de faiblesse à Trump et de tromperie à l'Amérique.
Si les États-Unis s'abstiennent d'attaquer, les conséquences seront différentes, mais pas nécessairement moindres. Le coût immédiat est d'ordre réputationnel : la crédibilité américaine, ainsi que celle de Trump lui-même, seraient compromises auprès d'une part importante de l'opinion publique iranienne hostile au régime.
Pour la République islamique, la retenue américaine serait une aubaine, validant ainsi le principal argument de propagande du régime selon lequel Washington est manipulateur et peu fiable. Cela permettrait également à Téhéran de présenter la répression comme une décision stratégique judicieuse : même ceux qui se sont alignés sur les États-Unis en ont dû assumer les conséquences…
L'opposition à l'étranger en subirait également les conséquences. Nombre de personnalités en exil ont investi massivement dans le soutien américain, et certaines ont même promis explicitement une aide imminente. Si les États-Unis ne réagissent pas, l'opposition risque d'être accusée de faire preuve d'imprudence en misant sur une intervention et de surestimer ses capacités. Cette perte de crédibilité fragmenterait davantage un paysage d'opposition déjà divisé et renforcerait le régime, non pas parce que la République islamique gagnerait en légitimité, mais parce que ses différents opposants paraîtraient moins crédibles.
Mais la leçon est la même partout : le facteur décisif réside moins dans le premier coup que dans la suite. Le Moyen-Orient, et la position des États-Unis dans cette région, ne peuvent plus supporter un nouvel épisode militaire majeur guidé par l’impulsion, l’ambiguïté ou l’improvisation.
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