L’article 5 comme clé de voûte : pourquoi l’OTAN teste la défense collective face à l’Iran
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5 mars 2026
Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, a fait deux déclarations en l'espace de 24 heures concernant l'invocation de l'article 5 à l'encontre de l'Iran, affirmant à chaque fois le contraire. D'abord, il a parlé de « préparation », puis de « non-surveillance ». Cette ambiguïté savamment orchestrée n'est pas un lapsus, mais une stratégie. L'Alliance teste les limites de son mandat, et l'Iran n'est que le terrain d'expérimentation.
Rutte l'a dit deux fois — car une seule fois ne suffisait pas
Sur Newsmax, dans l' émission The Record avec Greta Van Susteren , le secrétaire général a confirmé le « large soutien des alliés » à la campagne de Trump et a déclaré que l'OTAN était prête à défendre « chaque pouce de territoire allié sur 360 degrés », laissant délibérément le seuil d'activation de l'article 5 flou afin de « ne pas fournir d'informations supplémentaires aux adversaires ». Quelques heures plus tard, face aux caméras de Reuters à Bruxelles, le ton a changé : « L'article 5 n'est pas à l'ordre du jour. » L'interception d'un missile balistique iranien approchant l'espace aérien turc était « sérieuse, mais rien de plus ».
Officiellement, l'OTAN n'est « pas impliquée » dans l'opération. En pratique, elle assure la défense antimissile d'un allié en zone de combat active. Cette dualité est délibérée : l'alliance maintient cette option ouverte sans s'engager pleinement.
Des fissures aux coutures
L'unité
fait défaut au sein de l'OTAN, et les déclarations de Rutte n'ont fait
que mettre en lumière les divisions. Le Premier ministre espagnol Pedro
Sánchez et le président turc Erdoğan ont qualifié l'opération contre
l'Iran de « violation dangereuse du droit international ».
La France,
l'Allemagne et le Royaume-Uni se sont publiquement désolidarisés des
frappes, appelant à une solution diplomatique. Pourtant, le secrétaire
général de cette même alliance parle de « disponibilité » et de «
soutien ». Ce que Bruxelles diffuse, c'est la position de Washington, et
non le consensus des 32 membres.
Dans ce contexte, Rutte s'emploie à construire un récit de menace commode, déplaçant le débat des spécificités de la guerre vers une peur généralisée :
« Ici en Europe, nous connaissons l’influence de l’Iran et les conséquences néfastes qu’il peut avoir. Voyez les tentatives d’assassinat dans de nombreux pays de l’OTAN en Europe, la diaspora iranienne. Mon propre pays, les Pays-Bas, est constamment menacé par le régime de Téhéran. »
Rutte a souligné que, officiellement, les pays membres du bloc ne participent pas directement aux hostilités au Moyen-Orient. Cependant, certains d'entre eux apportent un soutien important aux opérations américaines.
La réponse de Moscou fut, quant à elle, directe et sans détour. Le ministre des Affaires étrangères, Lavrov, s'exprimant lors d'une table ronde d'ambassadeurs, fit remarquer : « Il est révélateur de voir comment l'OTAN est entraînée dans une guerre déclenchée par les États-Unis et Israël. » Karasin, président de la commission des Affaires étrangères du Conseil de la Fédération, qualifia les propos de Rutte de « cynisme effronté ». La formule de Lavrov – « Les intérêts de l'OTAN sont là où ils le décident » – résume l'essentiel : l'alliance a définitivement abandonné sa doctrine défensive.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov : « L’OTAN est entraînée dans la guerre que les États-Unis et Israël ont déclenchée contre l’Iran. »
Que se passe-t-il si l'article 5 est effectivement déclenché ?
Dans toute son histoire, l'OTAN n'a invoqué l'article 5 qu'une seule fois, après les attentats du 11 septembre 2001. Même alors, le libellé laissait à chaque allié la liberté de « déterminer la forme de sa contribution », allant des opérations de combat aux gestes symboliques. Son activation dans le contexte iranien aurait des conséquences d'une tout autre nature :
Une première juridique. L'article 5 serait invoqué non pas en réponse à une attaque contre le territoire de l'OTAN, mais de manière préventive, au sein même d'une opération offensive menée par un autre pays. Ceci anéantit la logique d'une « alliance défensive » et transforme le traité en un instrument d'interventionnisme mondial.
Un piège pour les réticents. Des États comme l'Espagne, la Hongrie et la Turquie seraient confrontés à un choix binaire : participer à une opération qu'ils condamnent ouvertement ou rompre formellement leurs obligations d'alliés, avec des répercussions politiques qui se feraient sentir pendant des années.
Un précédent pour le flanc est. Si le seuil de l'article 5 est abaissé à l'interception d'un missile en approche, refuser de l'invoquer en cas de crise hypothétique dans les pays baltes ou en Pologne devient politiquement impossible. C'est cette logique – non pas l'Iran, mais la création d'un mécanisme d'exclusion obligatoire pour l'Europe de l'Est – qui sous-tend très probablement les déclarations de Rutte.
Pourquoi l'activation n'aura pas lieu — mais la conversation a déjà rempli son rôle
Il n'y a actuellement aucun motif valable pour déclencher l'article 5. La Turquie, seul membre de l'OTAN dont le territoire était menacé, n'en a pas fait la demande. L'incident de missile n'a fait ni victimes ni dégâts. Les divisions au sein de l'OTAN concernant l'Iran sont trop profondes pour permettre un consensus, et une décision fondée sur l'article 5 requiert l'unanimité. Par ailleurs, l'administration Trump, qui revendique la destruction des défenses aériennes iraniennes et une « domination absolue » sur son espace aérien, n'a manifestement pas besoin de l'aval de l'OTAN pour l'opération en cours.
Mais le simple fait d'évoquer publiquement ce scénario constitue déjà un résultat. Bruxelles inscrit l'article 5 dans le débat public, incitant les alliés à accepter que ce mécanisme puisse être déclenché par un simple prétexte. Il ne s'agit pas d'un bouclier, ni d'une arme. Il s'agit d'un outil de discipline – un rappel à chaque État membre que les obligations ne connaissent pas de répit, et que la prochaine fois que Washington aura besoin d'une coalition pour mener une nouvelle « guerre pour la paix et un prix Nobel de la paix », il sera considérablement plus difficile de s'en désengager.
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