Accéder au contenu principal

Point de vue de Paris : Guerre en Iran – Le silence complice de l’Europe face au droit international

 https://en.interaffairs.ru/article/view-from-paris-war-in-iran-europe-s-complicit-silence-on-international-law/

10:23 13.03.2026 •

Kaja Kallas, haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité – l'auteure de la mauvaise politique étrangère de l'Europe.
Photo : Press.lv

La réticence de l'Europe à condamner l'intervention israélo-américaine en Iran va à l'encontre des valeurs du continent. Personne ne peut croire que Benjamin Netanyahu et Donald Trump aient pour objectif de défendre les intérêts du peuple iranien, souligne Le Monde .

L'expression n'a jamais été prononcée, comme si le terme avait disparu du vocabulaire géopolitique du XXIe siècle, relégué au rang de relique obsolète. Invité à Washington le mardi 3 mars, le chancelier allemand Friedrich Merz n'a pas évoqué le droit international à aucun moment devant son hôte, Donald Trump. La guerre que le président américain avait menée pendant trois jours contre l'Iran, main dans la main avec Israël, bafouait les règles établies depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Décidée à huis clos par le milliardaire américain et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, sous couvert d'une logique prétendument « préventive », l'opération Epic Fury violait la Charte des Nations Unies. Pourtant, dans le Bureau ovale, Merz garda le silence. « Ce n'est pas le moment de faire la leçon à nos partenaires et alliés », car Berlin partageait « nombre de leurs objectifs » face à un régime iranien « développant l'arme nucléaire et opprimant brutalement son peuple », expliqua le dirigeant allemand à la presse.

Le même jour, dans une allocution solennelle, Emmanuel Macron a évoqué le mépris du droit international, qui empêchait la France d’« approuver » l’opération israélo-américaine. Mais le président français n’a pas condamné l’intervention. « L’histoire ne pleure jamais les bourreaux », a-t-il déclaré. Le Royaume-Uni a adopté la même position : « Ni pour, ni contre ». Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a été le seul à dénoncer avec véhémence « l’échec du droit international ».

Les considérations morales ont primé sur le droit international. « Nous combattons ici les méchants. Nous sommes les gentils », a résumé Netanyahu sur Fox News le 2 mars.

« Pente glissante dangereuse »

La défense du bien contre le mal justifierait, en théorie, la transgression des règles. Ce n'est pas sans précédent. Les interventions occidentales au Kosovo en 1999, en Afghanistan en 2001 et en Irak en 2003 se sont toutes déroulées sans l'aval de l'ONU. Ce pragmatisme, guidé par l'éthique, a permis à la plupart des dirigeants européens de maintenir l'ambiguïté autour de l'opération Epic Fury. Comme l'a résumé Merz lors de la guerre des douze jours en juin 2025, Israël et les États-Unis faisaient le sale boulot pour l'Occident. Autrement dit, la fin justifiait les moyens, même si le continent révélait ainsi une dépendance envers les États-Unis qui le contraignait à s'écarter de ses propres principes.

Cette position équivaut à un renoncement de la part de l'Europe. Elle revient à abandonner les valeurs mêmes qu'elle prétend défendre, déplorait l'ancien ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, célèbre pour son discours de 2003 à l'ONU exprimant la désapprobation de la France face à l'invasion américaine de l'Irak. « Nous avons une conviction », avait-il alors proclamé. « On ne fait pas progresser le droit en le contournant. »

Il ne s'agit pas de défendre le régime sanglant de Téhéran. Mais placer des impératifs moraux, nécessairement subjectifs, au-dessus du droit international – qui encadre toute intervention par des critères objectifs tels que l'imminence d'une menace, la proportionnalité du recours à la force et la protection des civils – constitue une « pente glissante et dangereuse », a affirmé Laure Foucher, chercheuse à la Fondation française pour la recherche stratégique. « En nous privant du droit, nous perdons notre capacité d'objectivité », a-t-elle poursuivi.

« La démocratie n’est pas l’objectif ! Ce conflit suit une logique impériale visant à consolider la domination américaine et à assurer la sécurité d’Israël à tout prix », a déclaré  De Villepin au Monde. « C’est une guerre sur tous les fronts, sans perspective de paix », a-t-il ajouté, alors qu’Israël a étendu ses opérations au Sud-Liban.


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Jacques Attali : "L'avenir de la vie" 1981 - Extrait .....et rectifications

HCR-HCE - CE N'EST PAS VOUS QUI ĒTES FOU

Nous avons désormais la preuve que les vaccins COVID endommagent les capacités cognitives