Après les bouchons de bouteilles, Bruxelles pourrait s’attaquer au thermostat des bureaux
Après les bouchons de bouteilles, l'Union européenne pourrait bientôt étendre son immense talent réglementaire à un objet jusque-là abandonné à l'anarchie : le thermostat du bureau. La Confédération européenne des syndicats (CES) réclame des règles communes pour mieux accompagner les femmes ménopausées au travail. Au programme : ventilation (et non climatisation), horaires aménagés, pauses adaptées et équipements ergonomiques. Le service des ressources humaines pourrait bientôt devoir arbitrer entre les bouffées de chaleur et les collègues qui réclament 24 degrés en plein mois de janvier. L'occasion, pour Bruxelles, d'ajouter quelques pages au droit du travail européen, sans pour autant imposer la climatisation qui a pourtant bien manqué cet été.
mise à jour le 20/10/26
La ménopause entre dans les discussions européennes
La CES, qui représente 45 millions de travailleurs dans 41 pays, souhaite intégrer la ménopause au droit européen du travail. Parmi ses revendications figurent des évaluations des risques liés à la température, une meilleure ventilation, du mobilier ergonomique, le télétravail et une formation des responsables.
Le sujet médical est sérieux. Selon les données rapportées le 17 octobre, environ 30 % des femmes présentent des symptômes susceptibles de perturber leur activité professionnelle : fatigue, troubles du sommeil, bouffées de chaleur, douleurs ou difficultés de concentration.
Isabelle Schömann, secrétaire générale adjointe de la CES, défend cette démarche en dénonçant des risques professionnels féminins trop longtemps négligés. Elle évoque notamment les pertes de salaire, les promotions manquées et les conséquences sur les pensions de retraite.
Bruxelles, capitale européenne du thermostat ?
L’ironie tient surtout au choix de l’échelon réglementaire. Faut-il réellement mobiliser les institutions de 27 États pour décider si une salariée doit pouvoir ouvrir une fenêtre, bénéficier d’un ventilateur ou adapter ses horaires ?
La question de la chaleur au travail n’a pourtant rien de nouveau. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), pour tenir une journée de travail de huit heures sans risque thermique excessif, la température corporelle centrale ne devrait pas dépasser 38 °C. Attention toutefois à ne pas confondre température corporelle et température ambiante. À 38 °C dans les bureaux, même les plantes vertes réclameraient un arrêt maladie.
De son côté, l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail recommande déjà plusieurs mesures pour prévenir le stress thermique : aménagement des horaires, pauses régulières, rotation des postes et accès à des espaces plus frais. Des dispositions destinées notamment à protéger les travailleurs exposés aux fortes chaleurs, dans un contexte de « changement climatique ».
Autrement dit, les autorités disposent déjà d’un sérieux catalogue de recommandations. Reste à savoir si chaque situation particulière nécessite de nouvelles règles européennes ou si les entreprises peuvent encore trouver des solutions avec leurs salariés.
L’Union européenne possède néanmoins une expérience respectable lorsqu’il s’agit de réglementer le quotidien. Après les bouchons en plastique attachés aux bouteilles, voilà les discussions sur le confort thermique au travail. À ce rythme, la prochaine réunion de copropriété pourrait finir à Strasbourg.
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Aucune nouvelle loi adoptée
Le Parlement européen examine actuellement une initiative portée par l’eurodéputée socialiste espagnole Lina Gálvez. Elle souhaite faire de la ménopause une priorité économique, sociale et professionnelle.
La Commission européenne, de son côté, n’a proposé aucune législation spécifique. Sa stratégie pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2026-2030 prévoit surtout des échanges de bonnes pratiques et de nouvelles études. Aucun texte n’impose donc aux entreprises de régler leurs thermostats sur une température déterminée.
Les négociations sociales permettent déjà d’adapter les conditions de travail sans attendre un nouveau règlement européen. Horaires flexibles, télétravail, pauses supplémentaires ou aménagements individuels peuvent être discutés directement entre employeurs et salariés.
Mais pour ceux qui souhaitent harmoniser davantage les règles entre les États membres, le sujet offre un terrain supplémentaire. Les syndicats réclament un cadre commun, le Parlement prépare ses rapports et la Commission poursuit ses travaux. La machine institutionnelle tourne, même lorsque le thermostat reste éteint.
Le jour où deux collègues se disputeront pour savoir s’il faut ouvrir la fenêtre en plein mois de janvier, ils pourront toujours envisager une saisine de la Commission européenne. Avec un peu de chance, une consultation publique sera organisée avant le printemps.
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