Cisjordanie : des colons israéliens accueillent un maire français à coups de barre de fer
À 78 ans, Bernard Baudoux ne s'attendait probablement pas à devoir se protéger de coups de barre de fer en participant à une récolte d'olives. Samedi 17 octobre 2026, le maire communiste d'Aulnoye-Aymeries, dans le Nord, a été violemment agressé par des colons israéliens masqués à Taybeh, un village palestinien chrétien de Cisjordanie occupée. Une attaque survenue en présence de diplomates européens et de représentants de l'Église catholique.
mise à jour le 18/10/26
Bernard Baudoux avait fait le déplacement à Taybeh pour renforcer les liens entre sa commune et ce village situé près de Ramallah. Un protocole de jumelage venait d’être signé. La visite devait également permettre aux invités européens d’accompagner les habitants dans la récolte des olives, une activité agricole régulièrement perturbée par les violences de colons israéliens.
Le programme semblait assez éloigné d’une opération militaire. Des élus, des diplomates, des religieux et des agriculteurs réunis autour d’oliviers. Apparemment, cela suffisait à constituer une menace.
Plusieurs hommes masqués, armés notamment de barres de fer, ont surgi et attaqué les participants. Bernard Baudoux a été jeté au sol et frappé. Une vidéo consultée par l’AFP montre l’élu affalé contre un véhicule, visiblement éprouvé. Ses jours ne sont pas en danger.
Le maire a raconté avoir été « violemment agressé » alors qu’il participait à cette récolte solidaire. Dans les images de l’après-attaque, les barres de fer ont remplacé les paniers d’olives.
Des diplomates européens et un archevêque également pris pour cible
La délégation comprenait le consul général de Belgique, des diplomates français et polonais, ainsi que des représentants catholiques, dont Vincent Dollmann, archevêque de Cambrai. Un véhicule consulaire belge a été endommagé.
Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a condamné l’agression avec fermeté :
« Récolter des olives, couvrir l’actualité ou exercer des fonctions diplomatiques ne devrait jamais exposer quiconque au risque d’une agression. »
Cette attaque intervient au lendemain de celle subie par la photojournaliste américaine Heidi Levine, également frappée par des colons israéliens alors qu’elle couvrait une récolte d’olives près de Ramallah.
Bernard Baudoux accuse le gouvernement israélien de tolérer ces violences
Après son agression, Bernard Baudoux a directement mis en cause l’attitude des autorités israéliennes.
« Si les colons se comportent comme ils le font, c’est qu’il existe une certaine tolérance de la part du gouvernement israélien », a-t-il déclaré à l’AFP.
L’accusation mérite d’être examinée à la lumière des événements précédents. Taybeh n’en est pas à sa première attaque. En juillet 2025, des violences attribuées à des colons avaient déjà touché les abords de l’église Saint-Georges et le cimetière du village.
En avril 2026, le Patriarcat latin de Jérusalem dénonçait également des intrusions de colons sur des terres appartenant à l’Église catholique dans une autre région de Cisjordanie.
Paris exige des arrestations, Israël promet une enquête
Notre ministre étranger aux affaires, Jean-Noël Barrot, a réclamé l’identification, l’arrestation et la traduction en justice des responsables de l’attaque. Paris demande également aux autorités israéliennes de mettre fin aux violences contre les civils palestiniens.
Son homologue israélien, Gideon Saar, a condamné les faits. La police israélienne a ouvert une enquête et l’armée a elle aussi dénoncé cette agression. Les services de Benjamin Netanyahu ont cependant mis en garde contre des conclusions prématurées, contestant certaines accusations visant Israël.
Les condamnations diplomatiques s’accumulent. Les agressions aussi.
Dans ce territoire occupé depuis 1967, la colonisation israélienne est considérée comme illégale au regard du droit international. Les agriculteurs palestiniens continuent pourtant de subir intimidations et violences, particulièrement pendant la saison des olives.
Cette fois, parmi les victimes figure un élu français de 78 ans, accompagné de représentants diplomatiques européens. Une situation suffisamment grave pour provoquer une réaction immédiate de Paris.
À Taybeh, les habitants attendent surtout de pouvoir récolter leurs olives sans devoir compter sur la présence d’un consul, d’un archevêque ou d’un maire étranger pour espérer travailler en sécurité.
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