Cet article est l’avant-propos d’une enquête de fond, à suivre.
Le
tribunal de commerce de Lyon a attribué la reprise de l’entreprise
Vencorex - une toute petite partie de l’activité en fait - au groupe
chinois Wanhua via sa filiale hongroise BorsodChem pour la somme de 1,2
million d'euros. Un montant dérisoire au regard de l'enjeu : le sel
ultra-pur de Vencorex était utilisé pour la dissuasion nucléaire, les
missiles M51, les bosters d’Ariane 6 ou encore pour refroidir les
transformateurs haute puissance de RTE à un moment où l’électrification
des usages, prônée et répétée, commanderait de s’assurer de la viabilité
(et de la souveraineté, osons les grands mots) de toute la chaîne
d’approvisionnement.
Le géant chinois a également récupéré
l'intégralité des brevets et savoir-faires historiques issus de
Rhône-Poulenc, contre seulement une cinquantaine d'emplois repris sur
460. Il a aussi obtenu que lui soient cédés, pour une bouchée de pain, 7
hectares de terrain.
Pourquoi nous avons décidé de revenir sur ce dossier, bouclé par la
justice consulaire avant l’été et qui vient se rajouter à la pile des
entreprises qui ont fini, pas seulement liquidées, mais dépecées au fil
des procédures ? De la sorte que la finalité d’une liquidation, à savoir
payer les créanciers (l’enjeu industriel est totalement absent à ce
stade), n’est que pertes et profits ?
Parce que cette affaire
concentre tous les ingrédients d’un véritable scandale, et même un
scandale d’Etat tant il est douteux que les pouvoirs publics, qui se
sont forts agités dans la dernière ligne droite, n’aient rien pu y
faire.
Tout y est, jusqu’au SMS litigieux. Une justice consulaire
opaque où tour à tour des administrateurs judiciaires puis des
liquidateurs ont droit de vie, et surtout de mort, sur une entreprise.
Une filière, la chimie en France, sur laquelle on a tiré un trait, sans
mesurer les conséquences et surtout l’effet domino sur les autres
secteurs de l’économie. Et si les conséquences ont été mesurées, le
sujet est encore plus grave.
Une désindustrialisation qui se
poursuit, à rebours d’une réindustrialisation qui n’a comme réalité que
d’être un slogan. Une souveraineté, retrouvée ou à retrouver, de façade,
à ranger dans le même rayon des slogans que la réindustrialisation. Des
activités stratégiques cédées à des intérêts extra-nationaux. Enfin, un
Etat complètement incompétent, et pas vraiment à son corps défendant
comme nous le verrons au fil des chapitres qui vont venir illustrer dans
les semaines à venir, ce cas d’école qui est l’affaire Vencorex. Et que
les propos de l’ancien président de la Métropole de Grenoble,
Christophe Ferrari, avec qui nous nous sommes entretenus, corroborent -
interview à suivre demain.
Il
est un peu facile de faire porter le chapeau aux seuls tribunaux de
commerce, cette justice privée opérant en vase clos, et où une petite
profession se partage jalousement les dépouilles d’entreprises en
difficulté. Et l’affaire Vencorex éclaire particulièrement bien ce
double jeu : celui d’un Etat qui, malgré la multiplication des
scandales, n’a rien fait que du cosmétique pour réformer le
fonctionnement des tribunaux de commerce.
Antoine Gaudino parlait
en 1998 de “la mafia des tribunaux de commerce”. C’était le titre de
son livre, lui l’ancien inspecteur qui avait également révélé le
scandale de l’affaire Urba, mettant en cause le financement du parti
socialiste. Il l’avait payé cher. Trente ans plus tard, la question se
pose toujours avec la même acuité.
Les rares initiatives
qui auraient pu secouer un peu le cocotier et une justice consulaire
particulièrement prompte à défendre son pré-carré, on pense à celle
d’introduire l’échevinage 1 d’Arnaud Montebourg, n’ont pas passé le stade de la proposition de loi.
Antoine
Gaudino qui, d’après nos informations, prévoyait un second tome à son
livre qui avait mis en ébullition les tribunaux de commerce, s’est lui
volatilisé. Impossible de le retrouver.
L’Etat impuissant face au
destin de Vencorex que beaucoup estimaient tracé d’avance ? Prenons-le
au mot. Il a donc désormais tout à faire : en réformant vraiment le
système d’une justice consulaire française unique au monde et où
reviennent inlassablement les accusations de pillage, de spoliation et
de corruption.
Effectivement la société d'Antoine Gaudino : Cabinet Gaudino Intelligence Économique (SIREN 392 631 677, basée à Marseille), a été radiée du RCS le 26 novembre 2024.
RépondreSupprimerIl a eu existé (en plus ) une entreprise au nom d'Antoine Gaudino à l'Isle-sur-la-Sorgue
L'adresse officielle de l'établissement était le Lotissement Cheval Blanc, 84800 L'Isle-sur-la-Sorgue
les commentaires de Book.Node sur les deux ouvrages d'Antoine Gaudino ( né en 1944) sont à
RépondreSupprimer- https://booknode.com/la_mafia_des_tribunaux_de_commerce_02346793
- https://booknode.com/lenquete_impossible_01034103