La « haine de la vie » : le système mondial qui nous menace tous
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Dans cette civilisation, la véritable démocratie est impossible.
[Cet article de la professeure Claudia von Werlhof a été publié pour la première fois par GR en août 2016.]
Je n'ai que quelques minutes pour vous convaincre de l'utilité d'un nouveau terme ; un terme qui nous aidera à comprendre les temps dangereux que nous vivons ainsi que les luttes qui en découlent à un niveau plus profond, c'est-à-dire à la racine.
L'heure des plaisanteries et des incertitudes est révolue. La « tempête » annoncée par les zapatistes approche plus vite que prévu. Il est temps de sortir de notre confusion.
Le système mondial qui nous menace tous repose sur un étrange phénomène que je n'ai pleinement compris que récemment : la « haine de la vie ». (2) Cette haine est devenue un système, une société, une civilisation globale. Elle s'incarne dans toutes les institutions de la civilisation moderne : en économie comme en politique, en science comme dans les relations de genre, et surtout dans les technologies modernes. Il n'existe plus aucun lieu où la haine de la vie ne se soit pas littéralement matérialisée, devenant l'idée et la sensation fondamentales de notre existence. La haine de la vie n'est pas une émotion passagère, ni une simple expérience individuelle ou personnelle liée à une situation ou un moment précis. C'est ni plus ni moins qu'une hostilité envers la vie elle-même, qui – et c'est ma thèse – est devenue le fondement, la force motrice et le critère déterminant d'une civilisation patriarcale vieille de près de 5 000 ans.
Après une quasi-interdiction de 30 ans, le terme « patriarcat » refait surface. Il était couramment employé par les féministes radicales dont le mouvement était voué à disparaître avec l'avènement du néolibéralisme.
L'apparition des « études de genre » en fut une conséquence. Le terme « patriarcat » fut rejeté et les défenseurs de ces études se rallièrent rapidement aux revendications d'« égalité » au sein du système en place. L'objectif était l'intégration et le partage du pouvoir, une idée que la gauche prônait depuis longtemps.
Mais le défi consiste à dépasser un système guidé par la haine de la vie au lieu de se transformer (volontairement !) en un complice toujours plus loyal des massacres dont il est responsable.
On a souvent affirmé ici que le système patriarcal est un système de mort. Ce n’est pas tout à fait exact. Le système patriarcal est un système de meurtre , c’est-à-dire de mort artificielle : écocide, matricide, homicide en général, et enfin « omnicide », le meurtre de « tout ».
L'omnicide se profile déjà à l'horizon sous la forme de la « géo-ingénierie ». Celle-ci a débuté par la destruction de la planète elle-même, de la Terre Mère et de son ordre vivant. La géo-ingénierie vise à transformer la Terre en une gigantesque arme de guerre. (3) Elle utilise de nouvelles technologies de destruction massive, « post-nucléaires », destinées à prendre le contrôle de la planète et de ses énergies, notamment la « guerre climatique » et les « armes à plasma ».
La géo-ingénierie militaire à laquelle nous sommes confrontés est un « art de la guerre contre la Terre », fruit de 70 années d'expérimentation sur la planète. Elle se drape dans un voile de « civilité » et de « science » et prétend nous protéger du « changement climatique » et du « réchauffement climatique ». Or, le changement climatique et le réchauffement climatique sont les conséquences directes de ces expérimentations et non des émissions de gaz à effet de serre, comme on nous le fait croire à tort pour dissimuler les crimes des militaires. (4)
Dans ce contexte, je voudrais annoncer la publication de Planeta Tierra – la Nueva Guerra , l'édition espagnole du livre du Dr Rosalie Bertell, Planet Earth: The Latest Weapon of War , qui sera publiée par La casa del mago, basée à Guadalajara. (5)
Nous avons toujours su que l'armée n'était pas une institution qui exprime l'amour de la vie. Mais jusqu'à récemment, nous ignorions que nos institutions civiles étaient gangrenées par cette même haine perverse, illogique et, selon les mots d'Ivan Illich, « contre-productive » de la vie.
Comment peut-on haïr la vie quand on en fait partie ? Comment peut-on se haïr soi-même ? Et pourquoi ?
C’est ce secret scandaleux qu’il faut révéler. Il va de soi que la haine de la vie ne peut être ni reconnue, ni nommée ouvertement, ni soutenue, ni propagée. On n’en parle jamais. Pratiquement personne ne voudrait participer à un projet motivé par la haine de la vie. L’amour de la vie est toujours nôtre ; il est profondément humain. Il nous accompagne encore depuis l’époque des civilisations non patriarcales, dites « matriarcat ». La civilisation matriarcale est fondée sur l’amour de la vie. C’est une civilisation qui coopère avec la vie, qui la célèbre et qui chérit la vie en communauté, sans État ni hiérarchies, sans police ni banques. (6)
Le sinistre mobile de la haine de la vie doit rester caché. Les crimes indicibles que tous les patriarcats ont commis contre la vie elle-même, contre les enfants, les femmes et tous les êtres humains, contre la terre, les animaux et les plantes, ne doivent pas être révélés. La haine de la vie est la raison et la justification rationnelle de la violence qui lui est infligée ; une violence qui vise à prévenir toute rébellion ou tout soulèvement de celles et ceux qui ne croient pas au système qu'elle protège ; un système que beaucoup percevraient comme une grave atteinte à leur dignité s'ils le reconnaissaient.
On nous dit que cette violence est nécessaire au développement, au progrès et à une vie meilleure pour tous. Elle n'est généralement comprise et reconnue que par ceux qui en sont directement victimes. Même alors, la promesse d'une vie meilleure est censée être une consolation, alors que, dans les faits, toute chance d'une vie meilleure a été sacrifiée !
Pourquoi reconnaissons-nous si rarement à quel point ce raisonnement est erroné ? Pourquoi reconnaissons-nous si rarement la contradiction flagrante qui consiste à sacrifier une vie pour l’améliorer ?
La raison en est le projet utopique du patriarcat. Ce projet était déjà exposé dans des textes anciens, à l'époque des premiers patriarcats. Son but est de renverser l'ordre naturel et d'établir à sa place un ordre contre nature, voire anti-naturel. (7)
Les origines de ce phénomène se trouvent dans les guerres de conquête menées contre les civilisations matriarcales du monde. Établir le contrôle sur les peuples conquis exigeait un système capable de l'exercer : l'État. Ce dernier commença à contrôler la vie elle-même : les humains, la nature et la culture matriarcale. (8) Le système fondé sur la haine de la vie fut développé afin d'empêcher toute contestation du pouvoir patriarcal. Il culmina dans le désir de remplacer l'ordre naturel par un ordre artificiel pour régler une fois pour toutes le « problème de la vie ». Toute dépendance envers la nature, les femmes, les mères et la terre devait être abolie. Un système de création masculin et patriarcal fut inventé, ne laissant aucune place aux cycles, aux réseaux et aux mouvements de la nature. La Déesse fut remplacée par « Dieu le Créateur », puis par les « dieux terrestres » d'aujourd'hui, les maîtres d'une vie artificielle prétendument « post-humaine » et « trans-humaine », une vie de cyborgs, de robots, d'utérus artificiels, de tubes à essai et d'industries mondiales de la reproduction. (9)
Le projet de remplacer la vie par la non-vie n'a pu se réaliser qu'avec l'aide de la civilisation patriarcale et capitaliste moderne et de sa technologie industrielle. Toutes les tentatives « alchimiques » antérieures visant à produire des formes de vie meilleures, supérieures et plus divines avaient échoué. Seule la technologie moderne a permis la manifestation monstrueuse du projet patriarcal à laquelle nous assistons aujourd'hui. C'est pourquoi j'appelle le patriarcat moderne : « le Monstre » !
Le Monstre ne se caractérise pas seulement par l'exploitation, l'extraction et l'appropriation. Il se caractérise avant tout par la transformation de ses possessions en leurs contraires, c'est-à-dire en tout ce que nous appelons « capital » : valeur, argent, machines et structures hiérarchiques (selon Marx).
Dans cette civilisation, la véritable démocratie est impossible. Nous sommes confrontés à un système totalitaire qui se moque de ses sujets, qui ne peut (ou ne peut plus) être arrêté, et qui ne cesse de gagner en rapidité et en efficacité dans sa tentative d'anéantir toute vie sur cette planète – tout en instrumentalisant ce processus pour accroître encore ses profits et son pouvoir…
Tout ce qui existe aujourd'hui proviendrait de prétendus pères ; chaque origine serait patriarcale et non plus maternelle, issue d'une mère, de la Terre Mère, matriarcale . Le patriarcat serait une nouvelle « formation technologique » qui produit et transforme violemment tout ce qui existe. Il ne s'arrêtera que lorsque tout aura été anéanti.
Le capitalisme est la forme moderne de la concrétisation de ce projet utopique de transformation totale. Lorsque le patriarcat « pur » s'installera et que même les plus infimes vestiges matriarcaux auront disparu, nous serons tous morts.
*
J’espère que les hommes parmi vous qui avaient auparavant des difficultés avec le terme « patriarcat » comprennent désormais qu’il vous concerne aussi. J’espère que vous déciderez de changer de camp et de vous rallier à la nature et aux femmes. Les femmes sont (encore) plus proches de la vie, puisque la vie jaillit d’elles. Elles sont toujours les premières victimes de la haine de la vie, mais elles sont aussi plus proches de la vérité de la vie.
Quand les femmes se soulèvent, c'est pour défendre la vie. Il en a toujours été ainsi. Aujourd'hui, les femmes se soulèvent à nouveau contre la violence et pour la vie, massivement et partout dans le monde. Nous devrions tous les suivre, les soutenir et les aimer pour cela. Ce n'est pas elles qui représentent la menace, c'est le Monstre, l'« hydre » patriarcale, une combinaison globale de capitalisme, de néolibéralisme, de colonialisme, de mondialisation et de militarisme.
Le patriarcat est un projet historique qui a atteint son apogée avec le capitalisme. De par sa haine de la vie, il s'effondrera inévitablement. Il ne peut remplacer la vie qu'il détruit sans cesse. Le capital ne peut rien rendre à la vie. Le processus de « patriarcatisation » est irréversible. C'est une religion. Et les patriarches ne peuvent cesser d'y croire, car sinon ils seraient contraints de revenir au matriarcat…
Quelle merveilleuse idée ce serait ! Quelle joie cela apporterait ! Nous pourrions enfin nous affranchir de la supercherie patriarcale et raviver la dignité humaine en rejetant ce système monstrueux. Sans notre participation et notre coopération, il ne peut se maintenir.
La Terre Mère ou la mort ! Voilà l’alternative à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui. (10) D’une maison commune à une cause commune : se libérer de la haine absurde de la vie, une maladie collective enfouie dans notre inconscient collectif.
La vie n'est pas là pour être tuée ;
elle est là pour être aimée et défendue !
Traduction de l'allemand : Gabriel Kuhn
Remarques :
- Claudia von Werlhof : L'« odio a la vida » comme caractéristique centrale du patriarcado, Mexique. 20 novembre 2015a
- _____ : Le secret ineffable de la civilisation moderne, mec. Mexique. 2015b
- Cf. Rosalie Bertell : La planète Terre : la dernière arme de guerre. Londres, 2000, Women's Press
- Cf. Planetare Bewegung für Mutter Erde, www.pbme-online.org ; Claudia von Werlhof : La destruction de la Terre Mère comme le dernier et le plus grand crime de la civilisation patriarcale, Mexique. 2015c, dans : DEP, no. 30, Venise, février 2016
- Rosalie Betell : Planeta Tierra – la Nueva Guerra, Guadalajara 2016, La casa del mago
- Heide Göttner-Abendroth : Das Matriarchat, plusieurs volumes, Stuttgart, de 1988, Kohlhammer
- Cf. BUMERANG – Zeitschrift für Patriarchatskritik, no. 0, 2015, www.fipaz.at
- Cf. par exemple Doris Wolf : Was war vor den Pharaonen ?, Zurich 1994, Kreuz
- Cf. Claudia von Werlhof : Der unerkannte Kern der Krise. Die Moderne comme Er-Schöpfung der Welt, Arun 2012, Uhlstädt-Kirchhasel ; BUMERANG, non. 1 : Mutterschaft im Patriarchat, 2015, www.fipaz.at
- Claudia von Werlhof : Madre Tierra ou Muerte ! Réflexions pour une théorie critique du patriarcat, Oaxaca 2015d, El Rebozo
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