Le diktat des profiteurs de guerres
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7 février 2026
Un rapport du Rapporteur spécial des Nations Unies de juin 2025 et des investigations indépendantes ont mis en évidence l’implication de grandes multinationales dans le soutien essentiel aux opérations militaires et administratives israéliennes soutenues par les États-Unis et leurs alliés dans la bande de Gaza et dans les territoires palestiniens occupés.
L’accusation principale contre ces multinationales est que leurs produits et services ont permis et grandement facilité les actions militaires, la surveillance et l’infrastructure physique de l’occupation, ce qui soulève de sérieuses préoccupations quant à leur complicité dans d’éventuels crimes internationaux perpétrés contre les populations civiles.
Ce rapport a entraîné des sanctions US contre le Rapporteur Spécial des Nations Unies sur les territoires palestiniens et les juridictions internationales: le département du Trésor américain sous l’administration Trump a imposé des sanctions surréalistes à Francesca Albanese en vertu du décret 14203, la désignant comme « ressortissante spécialement désignée » ciblée par des sanctions.
Le rapport de l’ONU de juin 2025 soutient que ces multinationales sont intégrées dans une « économie du génocide », où les profits des entreprises contribuent à soutenir les actions militaires et les violations du droit international. Il affirme que leur soutien peut constituer une complicité dans des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des génocide.
Israël et les multinationales rejettent ces accusations. Les dénégations israéliennes s’inscrivent dans une politique traditionnelle de déni ou d’ambiguïté dans le cadre de la ruse permanente, un élément-clé de la guerre hybride israélienne.
La ligne de défense des multinationales repose sur l’affirmation qu’elles fournissent des technologies à usage général ou que les ventes sont des transactions intergouvernementales sur lesquelles elles n’ont aucun contrôle.
De grands investisseurs institutionnels tels que BlackRock et Vanguard sont également mis en avant comme étant les principaux bailleurs de fonds de nombreuses multinationales figurant sur la liste.
La liste inclut des compagnies comme Lockheed Martin, un des piliers du complexe militaro-industriel US, principal fournisseur d’avions de combat comme le F-35 et le F-16 massivement utilisés dans les bombardements aériens sur la bande de Gaza.
On y retrouve également le fameux Palantir, fournisseurs de systèmes de police prédictive et de ciblage basé sur l’Intelligence Artificielle comme « Lavender » pour traiter les données du champ de bataille et générer des listes de cibles concentriques et dont l’application fut un désastre sur le plan humanitaire et en termes de ce que les analystes US désignent sous l’appellation de « dommages collatéraux ».
Figurant également sur la liste, Caterpillar, fournisseur des bulldozers blindés D9 utilisés pour démolir des bâtiments et des maisons, défricher les terrains et créer des « zones tampons » ou des Ni Man’s Lands;
Alphabet, la maison mère de Google ainsi que Amazon, membres du projet Nimbus fournissant des services Cloud et d’IA pour la reconnaissance faciale, l’analyse des données et le triage des populations à l’armée israélienne. Les serveurs AWS d’Amazon stockent des renseignements militaires et soutiennent l’infrastructure Cloud du gouvernement;
Microsoft Membre du projet Nimbus,
intègre également des systèmes de gestion dans les prisons, les colonies
et les infrastructures militaires israéliennes;
IBM
Gère la base de données biométriques centrale pour l’Autorité
israélienne de la population et de l’immigration et forme le personnel
militaire et des services de renseignement;
Hewlett Packard via sa filiale israélienne, fournit des infrastructures technologiques au service pénitentiaire et à l’armée d’Israël;
Chevron Exploite des gisements de gaz naturel offshore (Leviathan), fournissant de l’énergie et des revenus importants à l’État, tandis que les Palestiniens se voient refuser l’accès aux ressources maritimes comme la pêche artisanale.
L’implication décisive de ces multinationales ne se situe pas au niveau des combats de première ligne, mais dans la fourniture des infrastructures fondamentales (armement de pointe, ciblage par IA, cloud computing, bases de données de surveillance et machines lourdes) qui permettent le contrôle militaire et administratif post-moderne d’essence totalitaire.
Le rapport de l’ONU présente cela comme une transition d’une « économie d’occupation » vers une « économie de génocide », où les intérêts commerciaux sont profondément liés à la conduite de la guerre et c’est cela qui a suscité l’ire des puissants pôles d’influence favorables à Israël au sein de l’État profond US et entraîné l’utilisation de l’arme des sanctions contre le Rapporteur Spécial des Nations Unies dans une tentative d’intimidation et de suppression relevant du concept d’État voyou (Rogue State) mais dans un cas de figure où l’État est contrôlé par de puissants intérêts financiers privés.
Nous vivons une époque fort bizarre où il n’y a plus aucune frontière et où la logique est totalement exclue. Ce qui c’est passé dans la petite enclave de Gaza pose les prémisses du monde de demain où de puissants pôles financiers ne vont plus se cacher derrière des États pour imposer une forme nouvelle de totalitarisme scalaire multiplié par les technologies IA et à l’ombre desquelles aucune contestation ou résistance ne sera possible. Le ciblage par Washington d’officiels de l’Organisation des Nations Unies bénéficiant de l’immunité diplomatique et de juridictions internationales sont les signes clairs d’une transition brutale vers cette dystopie totalitaire reposant sur la force brute rendue possible par une conjonction de facteurs technologiques nouveaux.

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