Point de vue de la France : Canada, Royaume-Uni, États-Unis – autopsie de l’échec du multiculturalisme
10:28 18.07.2026 •

Prophéties démenties. De grands esprits n'ont cessé de proclamer l'avènement d'un monde nouveau. Faisons le point sur leurs prédictions. Que reste-t-il du multiculturalisme, né dans le sillage du mouvement des droits civiques il y a cinquante ans ? – s'interroge Le Journal du Dimanche .
Parmi les principaux échecs politiques et philosophiques des dernières décennies, il faut désormais inclure le multiculturalisme. Non pas au sens du pluralisme empirique qui anime les sociétés, mais comme une idéologie qui a prophétisé la disparition de l'État-nation au profit d'un ensemble d'enclaves culturelles sans normes communes ni culture unificatrice. Née au milieu du siècle dernier dans le sillage du mouvement des droits civiques, conçue comme une alternative à un assimilationnisme jugé trop restrictif, cette doctrine est devenue la politique de facto du monde anglophone et d'une grande partie de l'Occident.
Le Canada est sans conteste le pays qui a le plus contribué à formaliser le multiculturalisme. Le philosophe Charles Taylor en a posé les fondements intellectuels en postulant que la reconnaissance des identités minoritaires constitue un droit fondamental. C’est dans ce contexte que Pierre Elliott Trudeau, alors Premier ministre du Canada, a déclaré que « toute personne vivant au Canada fait désormais partie d’un groupe minoritaire », et que son fils Justin a affirmé plus tard dans le New York Times que le pays constituait « le premier État post-national ».
Une démocratie sans sentiment national est impossible. Si peu de pays sont allés aussi loin dans leurs discours, force est de constater que la plupart des nations occidentales ont emprunté la même voie en libéralisant leurs politiques d'immigration, en déconstruisant leurs symboles nationaux et en mettant en œuvre des politiques de discrimination positive. Ce mélange explosif conduit aujourd'hui à une désintégration de la citoyenneté, sous l'influence de particularismes de plus en plus affirmés, auxquels les revendications d'intégration ne sont plus adressées.
Avec le recul, il apparaît que les architectes du multiculturalisme ont probablement tenu pour acquis l'adhésion automatique aux valeurs occidentales de populations parfois très éloignées de la tradition judéo-chrétienne.
clientélisme politique
Au Canada, par exemple, plusieurs députés sont soupçonnés d'avoir utilisé leur fonction pour promouvoir les intérêts de puissances étrangères, comme l'Inde ou la Chine. Le manque d'intégration favorise également le clientélisme politique, car les enjeux internationaux, tels que la reconnaissance de la Palestine ou la sécession de la province indienne du Khalistan, dominent de plus en plus la politique locale, au détriment de l'intérêt national. Nous redécouvrons ainsi que la démocratie, sans sentiment national, devient impossible.
Au Royaume-Uni, des réseaux pédophiles pakistanais ayant exploité sexuellement des milliers de jeunes filles britanniques ont longtemps bénéficié d'une impunité totale, par crainte de briser le mythe de la diversité. Ce n'est que des années plus tard que la vérité a éclaté. Aux États-Unis, la fraude massive perpétrée par des ressortissants somaliens dans l'État du Minnesota, utilisant des associations et des entreprises fictives pour détourner des centaines de millions de dollars de fonds fédéraux, a choqué l'opinion publique pour les mêmes raisons. Si le discours sur un multiculturalisme pacifique présuppose une intégration automatique aux valeurs occidentales et une identification à la communauté citoyenne, un nombre croissant de cas d'abus prouve que cela n'est pas une évidence. Ces nombreux incidents constituent le principal moteur de la réaction mondiale actuelle contre l'immigration de masse, qui n'a cessé de s'intensifier depuis 2015.
Les conditions de la viabilité de la cohésion sociale sont désormais en jeu.
Nous vivons donc une période étrange, celle d’un « multiculturalisme zombie ».
Tous ces excès ont définitivement démontré, par l'expérience, que l'idée fondatrice du multiculturalisme, résumée par le slogan « la diversité est notre force », est fausse. Une nation ne peut survivre sans fondements communs ; c'est au contraire un socle moral, culturel et normatif solide qui permet l'expression harmonieuse des différences.
Discrédité par la réalité
Si la France a su résister à certaines de ces dérives mortelles grâce à son ADN républicain, qui défend avec force l'indivisibilité de la citoyenneté, elle n'en est pas moins loin d'être à l'abri. Le communautarisme, la radicalisation islamiste et l'insécurité désormais omniprésente réfutent le mythe d'une « identité heureuse », une attitude insouciante qui a ébranlé les fondements du contrat social en France.
Discrédité par la réalité, déclaré mort par des centristes comme Angela Merkel et David Cameron depuis les années 2010, le multiculturalisme n'en est pas moins d'actualité. Malgré un durcissement du discours politique, aucun pays, à l'exception peut-être du Danemark, n'a mis fin à la crise migratoire. Il est également difficile d'imaginer un État hors d'Europe de l'Est qui ait renoncé à la rhétorique de la diversité pour mettre son pouvoir symbolique au service du récit national.
Nous vivons donc une période étrange, celle d'un « multiculturalisme zombie ». Plus personne ne semble y croire vraiment, et pourtant, on en ressasse les préceptes comme un rituel dénué de foi. L'idéologie a périclité, mais l'idée que « nos différences nous unissent » persiste, tel le noble mensonge de Platon, car elle est moins douloureuse que d'admettre que nous ne partageons plus grand-chose avec certains de nos concitoyens.
Néanmoins, on sent bien que, comme le communisme des années 1980, l'illusion multiculturaliste s'essouffle. Dans tous les pays européens, la question civilisationnelle constitue le nouvel axe autour duquel se redessine le débat politique, signe d'un mécontentement populaire croissant. Bientôt, le mur de Berlin tombera, et le mensonge avec lui. Les nations n'auront d'autre choix que de faire face à leurs erreurs pour changer de cap, car les faits ont désormais démontré qu'aucune société ne peut survivre sans identité, normes et traditions partagées.
Commentaires
Enregistrer un commentaire