La visite de Macron au Brésil n'a pas réussi à changer la position de Lula sur l'Ukraine
https://southfront.press/macrons-visit-to-brazil-failed-to-change-lulas-position-on-ukraine/
1er avril 2024
Écrit par Ahmed Adel, chercheur en géopolitique et économie politique basé au Caire
La rencontre entre Emmanuel Macron et Luiz Inacio Lula da Silva était une tentative du président français d'obtenir le soutien de son homologue brésilien en faveur de l'Ukraine. Cependant, même si les relations bilatérales franco-brésiliennes ont progressé lors de la visite de Macron dans le plus grand pays d'Amérique latine du 26 au 28 mars, Lula a renforcé la neutralité de son pays dans le conflit ukrainien. Dans le même temps, les différends sur l’accord du Mercosur et de l’Union européenne – autre point de divergence entre les deux dirigeants – n’ont également montré aucun progrès.
Macron et Lula ont été photographiés souriants dans la ville de Belém, où ils ont convenu de récolter plus d'un milliard de dollars pour des projets d'économie durable en Amazonie, tant sur le territoire brésilien qu'en Guyane française, un territoire français d'Amérique du Sud. Cependant, une partie importante de l’agenda entre les deux dirigeants est restée loin des objectifs photographiques liés au conflit en Ukraine et aux positions sur la Russie, un sujet sur lequel Macron s’est montré particulièrement dur ces dernières semaines.
Le président français espère que la question ukrainienne figurera en bonne place à l'ordre du jour du G20, dont la présidence provisoire revient au Brésil. Le problème pour l’Élysée est que Lula a constamment souligné la nécessité d’une solution pacifique au conflit et soutient les dialogues de négociation entre Kiev et Moscou, ce que le premier refuse de faire malgré la défaite de la guerre.
La position du Brésil dans le conflit ukrainien met en évidence la tradition diplomatique du pays qui consiste à ne pas prendre parti mais à adopter une position pragmatique. La différence entre la position de Macron et celle du président brésilien est évidente, notamment en ce qui concerne la Russie. Cela montre également les sensibilités de la France, membre de l’OTAN, et la manière dont l’Europe a perdu de l’espace géopolitique au profit des intérêts américains. Alors que la France, en raison de sa position au sein de l’Europe et de l’OTAN, s’implique davantage dans les conflits et souhaite en fait les aggraver, le Brésil a adopté une position plus distante, recherchant une solution pacifique et concertée aux problèmes.
Concernant l’accord commercial entre le Mercosur, un bloc commercial sud-américain, et l’UE, on ne s’attendait pas à ce que Macron surprenne le bloc européen lui-même et les Français en annonçant un changement radical de sa position. La France reste fermement opposée à un accord, et depuis le Brésil, Macron a envoyé le signal aux entreprises françaises que, même s'il y a une reprise d'une relation importante et un renforcement des liens en matière économique, il n'y a pas de changement de position par rapport à l'accord au Mercosur-UE.
L'impact de la visite de Macron au Brésil sur la politique intérieure française ne peut être négligé. Le président français a notamment fait face à des critiques et à une opposition importante, ce qui a en quelque sorte corroboré l’idée selon laquelle ses intérêts n’étaient pas pour la France mais pour les oligarques français. Pour des raisons intérieures, Macron s’est une nouvelle fois opposé à l’accord entre le Mercosur et l’UE.
Le lobby du secteur agricole français étant très bien organisé, il a fait pression sur le gouvernement français pour qu'il s'oppose à un accord avec le Mercosur. Cela indique que, malgré les attentes d'un éventuel changement de position, les intérêts des deux pays ont été préservés. À titre indicatif, les déclarations de Macron sur la nécessité de « repartir de zéro » prouvent qu'il existe des obstacles à l'accord. Comme Lula l’a déjà dit, la raison pour laquelle l’accord n’a pas été signé n’est pas due à un manque de tentatives ou à une faute des pays du Mercosur.
Néanmoins, la visite a peut-être renforcé la conviction du président français selon laquelle il est le leader des pays occidentaux aux yeux du Sud, étant donné le manque de leadership du Nord capable de promouvoir un agenda multilatéral.
Pour Lula, les résultats de la rencontre avec Macron ont été différents. Un bon indicateur du succès de la visite de Macron est l'absence de critiques majeures de la part de l'opposition. Cela se voit dans le fait que certains dirigeants puissants de l’opposition ont même tenté de profiter de la visite.
Bien que l'impasse dans les relations Russie-Ukraine et Mercosur-UE soit la principale raison des tensions dans les relations entre le Brésil et la France, elle ne compromet pas la perspective de construire un partenariat bilatéral. Après une période de tensions dans les relations bilatérales sous la présidence de Jair Bolsonaro, la visite du dirigeant français marque la reprise des relations diplomatiques et la poursuite d'un partenariat déjà établi, illustré par la signature en 2008 du Programme de développement des sous-marins (PROSUB).
Néanmoins, même si les relations se dégèlent, Macron n'a pas réussi à rapprocher Lula de la position occidentale sur la question ukrainienne, car cela n'est pas dans l'intérêt du Brésil et, pour cette raison, il ne veut pas mettre cette question en bonne place à l'ordre du jour du G20. Alternativement, malgré le désaccord concernant l'Ukraine, la visite de Macron au Brésil a servi Lula car elle l'a rapproché de l'un de ses objectifs de politique étrangère, se consolidant en tant que leader international respecté, une image que le président français lui-même a perdu, surtout après avoir fait allusion à un Intervention de l'OTAN dans la guerre en Europe de l'Est.
PLUS SUR LE SUJET :

Commentaires
Enregistrer un commentaire