Et ... "s'étonner que la fracture devienne gouffre" par Rod Lediazec
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mercredi 29 juillet 2026
La France s'effondre, tout va bien.
La
France s'effondre à vue d'œil. Lentement, méthodiquement. C’est aussi
visible que l'indifférence qui semble l'accompagner. Tout le monde le
voit, ou pourrait le voir. Les signes sont partout. Mais on détourne le
regard, comme si ignorer la fissure empêchait le mur de s'écrouler.
« Tout va bien !
C'est les
vacances, arrêtez avec la sinistrose ! Laissez-nous profiter ! Comme
disent les muets : c'est en silence que la souffrance est la plus
loquace. Le silence est notre bruit de fond.
Pendant
ce temps, les textes tombent : lois, décrets, ordonnances,
restrictions, taxes nouvelles, obligations anciennes maquillées en
progrès.
Tout passe, tout s'empile, tout s'oublie. Tout recommence.
Un
incendie ravage des hectares de forêt ? La belle aubaine ! Entre deux
souches encore fumantes surgit aussitôt un projet de parc éolien, ou une
centrale solaire géante pour « compenser la perte de chlorophylle ».
Personne
n'en voulait avant l'incendie. Personne n'en veut après. Mais,
qu'importe, désormais, il faut remplir le vide. C’est un ordre.
Les
anciens ont besoin d'aide à domicile ? Réduisons les budgets. Rabotons
les prestations. Ils n'ont qu'à faire un effort, à rester autonomes, à
se lever un peu plus tôt et à marcher davantage.
Les
hôpitaux manquent de médecins spécialisés ? Aucun problème. Importons à
bas coût des praticiens confrontés à des conditions d'exercice très
différentes, demandons à des étudiants en dernière année de compenser
les pénuries, et tout ira bien.
Quant
aux malades qui souffrent bruyamment en attendant un diagnostic ou une
prescription, pourquoi ne pas distribuer au personnel hospitalier des
boules Quiès en cire réutilisables ?
Le silence est une politique publique à part entière.
Et
ne protestons pas contre l'allongement incessant de la durée de
cotisation pour la retraite. Hier 37 années, aujourd'hui 43, demain
davantage encore. Et pourquoi pas jusqu'à l’euthanasie ? De l’entreprise
à la tombe, voilà le bon deal.
Quant à la démocratie, parlons-en.
Sur
les 193 États membres de l'ONU, auxquels s'ajoutent les deux États
observateurs – le Vatican et la Palestine –, seule une petite poignée de
nations peut prétendre satisfaire aux critères d'une démocratie
pleinement acceptable.
Les
études internationales les plus sérieuses n'en recensent guère plus
d'une vingtaine. Et ce ne sont pas nécessairement celles qui passent
leur temps à donner des leçons de morale au reste du monde.
La
France, présentée comme la patrie des droits de l'homme et un modèle
démocratique, est une démocratie de façade : institutions toujours
debout, élections toujours organisées, libertés officiellement
garanties… mais une confiance populaire en ruine, un sentiment
d'impuissance généralisé, une parole publique de moins en moins crédible
et des décisions prises au diable Vauvert de plus en plus éloignées des
aspirations exprimées par les citoyens.
À
force de considérer les électeurs comme des portefeuilles ambulants,
les retraités comme un coût, les soignants comme un ajustement
comptable, les agriculteurs comme un problème écologique et les
territoires comme un simple terrain d'expérimentation technocratique, il
ne faut pas s'étonner que la fracture devienne gouffre.
Une
nation ne s'effondre pas en un jour. Elle se fragilise par petites
renonciations, par mille décisions présentées comme inévitables, par
autant de résignations ordinaires. Jusqu'au moment où chacun découvre
que le pays qu'il pensait éternel n'est plus que l'ombre d’un zombi,
entre deux plaques funéraires.
Sous l’Casque d’Erby
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