Lorsque
le matin, je fais un petit tour du monde (merci Internet et les
logiciels de traduction) et que je m’informe sur les différents théâtres
d’opérations militairement actifs, J’entends souvent le propos inquiet
selon lequel « nous allons vers la troisième guerre mondiale ».
Je trouve ça tout à fait étonnant dans la mesure où nous y sommes
depuis déjà un moment dans la troisième guerre mondiale. On peut même,
même si ça se discute, en dater de déclenchement au coup d’État
américain en Ukraine, du mois de février 2014.
Si
l’on fait un peu de chronologie, on peut fixer la fin de la deuxième
guerre mondiale au mois de septembre 1945 avec la capitulation du Japon
succédant à celle de l’Allemagne nazie du mois de mai. « La Grande alliance
» des puissances victorieuses n’a pas tenu longtemps, puisque les
Américains ont décidé de la rompre dès 1947 pour déclencher la guerre
froide. Celle-ci fut marquée par la disparition des empires coloniaux
avec l’appui de l’URSS, processus qui vit éclater un certain nombre
d’affrontements périphériques (Corée, Vietnam). Elle a pris fin en
décembre 1991 avec la dislocation de l’Union soviétique et, a été perçue
comme une victoire américaine et occidentale assurant le triomphe
éternel du Capitalisme néolibéral financiarisé. Grossière erreur.
10
ans plus tard, la Russie ayant goûté à ce système, a méticuleusement
bifurqué en se lançant dans la reconstruction d’un État, d’une économie,
et en fait d’une Nation. De son côté la Chine, après avoir créé les
conditions politiques, économiques et sociales lui permettant de se
débarrasser de sa colossale misère, et après avoir évité l’écueil
soviétique notamment en juin 1989, s’est lancé dans la construction de
ce qu’elle appelle « le socialisme aux caractéristiques chinoises ». Mettant en œuvre un stupéfiant bond en avant, sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Une Chine prospère redevenant « l’Empire du milieu », première puissance économique mondiale du début du XVIIIe siècle.
Ces
deux défis, étaient insupportables à l’Empire occidental et à la
République impériale qui le dirige. Démanteler la Russie, encercler la
Chine, imposer son ordre aux quatre coins du monde par une violence sans
limite. Jusqu’à déboucher aujourd’hui sur un nihilisme générateur d’une
brutalité assumée, montrée et revendiquée allant jusqu’au génocide.
Comme le démontre aujourd’hui ce que fait Israël, bout d’Occident
colonial installé au Proche-Orient.
Ivre d’une
puissance fantasmée, ayant abdiqué toute morale, persuadé que la
globalisation ne peut être que la forme moderne de sa domination, et
animé d’un suprémacisme raciste sans frein, l’Occident s’est cru tout
permis et a multiplié les erreurs. La plus importante fut probablement
l’agression de la Russie au travers du coup d’État du Maïdan organisé en
Ukraine en février 2014. Parce que c’est bien à cette date qu’a
commencé ce que l’on appelle aujourd’hui le « conflit ukrainien ». Dont l’intervention russe de février 2022 n’est qu’une des évolutions.
On
notera dès ce moment-là, l’étroite coordination entre les deux leaders
du Nouveau Monde, celui qui affronte un Occident en déclin accéléré. Les
élites occidentales, si tant est qu’on puisse les qualifier d’élites,
ont pris congé du réel et refusent étonnamment de regarder les choses en
face. Et surtout, armées d’une arrogance folle, n’essaient même pas de
comprendre qui sont ceux qu’ils considèrent devoir être leurs vassaux.
Sans mesurer qu’ils sont devenus des ennemis. En Occident, on se raconte
des histoires. On n’écoute pas, ne lit pas ce que disent Xi Jinping et
Vladimir Poutine, on ne s’intéresse pas à ce qu’ils font et surtout, on
ne comprend rien aux pays qu’ils dirigent. Alors, on tombe dans le piège
russe de la guerre d’usure en Ukraine. Sachant qu’il faut se
débarrasser de la stupidité selon laquelle il s’agirait d’un conflit
opposant Russes et Ukrainiens. Ce théâtre est bien celui de
l’affrontement de la Russie à la totalité de l’OTAN, par conséquent des
États-Unis. Et l’on sait déjà que l’OTAN l’a perdu.
Témoignage
d’un hubris absurde, pour faire plaisir à l’état paria génocidaire
d’Israël honni à l’échelle mondiale, l’Empire s’est lancé dans une
guerre suicidaire contre l’Iran. Dès les 28 février dernier, l’évidence
de ce qui attendait les États-Unis sautait aux yeux. Les gens
raisonnables, dont il me semble faire partie, prédisaient déjà que
c’était un conflit ingagnable pour des raisons qui dès le début
sautaient aux yeux. À commencer par la première d’entre elles, selon
laquelle les États-Unis n’avaient les moyens, ni de la mener, ni
évidemment de la gagner. Cinq mois plus tard sur ce théâtre
d’opérations, la catastrophe est consommée. Le problème des États-Unis
est désormais de trouver le moyen d’en sortir. Malheureusement pour eux,
la méthode classique qui consiste à déclarer la victoire et à se
retirer, ne sera pas utilisable cette fois-ci.
Et
comme d’habitude, en Occident on refuse de voir le monde tel qu’il est.
Le racisme et l’inculture quand ce n’est pas la bêtise, ont empêché les
dirigeants occidentaux de comprendre, d’abord que l’Iran était une
puissance régionale développée parfaitement déterminée à mener cette
guerre existentielle pour elle. Et ensuite que ce combat serait
évidemment mené en liaison et articulation étroite avec la Russie et la
Chine. Mais comment peut-on se prétendre sérieux, en disant que Russes
et Chinois ne sont pas impliqués étroitement dans ce conflit ? À la
différence des élites occidentales, eux sont gens sérieux. Amusons-nous à
un petit comparatif concernant leurs ministres des affaires étrangères :
le légendaire Sergueï Lavrov pour les Russes, le rigoureux Wang Yi pour
les Chinois et le brillant Abbas Araghtchi
pour les Iraniens. Du côté occidental, le narcotrafiquant Marco Rubio
pour les USA, le clown halluciné Jean-Noël Barrot pour les Français, et
la très stupide Kaja Kallas pour l’UE. Est-il besoin d’épiloguer ?
Alors
oui, la troisième guerre mondiale est bien en cours et ce conflit qui
oppose l’Occident au reste du monde se développe sur différents théâtres
d’opérations. Et personne ne peut être surpris par les soi-disant
initiatives prises par Zelensky pour impliquer l’Iran dans le conflit
ukrainien. Celui-ci n’a aucune espèce d’autonomie, il n’est que la
marionnette corrompue d’un système désormais brinquebalant, dépourvu de
stratégie et même d’objectifs clairs.
On terminera en
rappelant que de part et d’autre, les États importants sont des
puissances nucléaires. Cela explique les formes particulières que prend
cette troisième guerre mondiale. Généraliser l’affrontement conduirait
aux portes de la Destruction Mutuelle Assurée. Cela explique la guerre
d’usure ukrainienne, l’affrontement multiforme au Moyen-Orient, et les
batailles économiques et énergétiques menées par la Chine aux quatre
coins du monde.
La « contradiction principale » reste cependant celle de l’affrontement entre cet Occident finissant et le reste du monde.
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