Blanche Gardin, Barbara Butch : la liberté d’expression selon le sens du vent

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À Grenoble, l’interruption du concert de Barbara Butch a déclenché une mobilisation politique, médiatique et culturelle immédiate. Lorsque Blanche Gardin affirmait subir une mise à l’écart après son sketch sur Gaza, la grande famille des défenseurs de la liberté artistique avait manifestement égaré son carnet d’adresses.

mise à jour le 27/07/26

Les grands défenseurs de la liberté avaient-ils tous perdu le numéro de Blanche Gardin ?

Le 18 juillet 2026, le concert de Barbara Butch au Cabaret Frappé de Grenoble a été interrompu après une vingtaine de minutes. Des militants propalestiniens, soutenus dans leur appel au boycott par la section locale de La France insoumise, ont couvert la musique de slogans et de sifflets. La Ville de Grenoble a justifié l’arrêt du concert par des impératifs de sécurité.

Deux ans plus tôt, le 1er juillet 2024, Blanche Gardin montait sur la scène de La Cigale avec Aymeric Lompret lors de la soirée Voices for Gaza. Son sketch caricaturait l’accusation d’antisémitisme brandie contre ceux qui critiquent le gouvernement israélien. La séquence lui a valu des accusations violentes, des menaces et, selon son propre témoignage, une brutale raréfaction des propositions professionnelles. Elle déclarait ensuite ne plus recevoir de rôles au cinéma et subir des conséquences sur sa vie matérielle. Curieusement, aucune armée de tribunes, de ministres et de vedettes ne s’est précipitée pour demander qui cherchait à faire payer à Blanche Gardin son engagement sur Gaza.

Barbara Butch : le service après-vente de la liberté artistique

Après Grenoble, la mécanique de soutien s’est mise en route à une vitesse remarquable. Près de 300 personnalités du cinéma, de la culture et de la recherche ont signé une tribune. Les plateaux de télévision se sont ouverts. Des responsables politiques de plusieurs partis ont dénoncé l’intimidation. Le président du CRIF a réclamé une intervention du ministère de la Culture contre le boycott et les pressions visant les artistes.

Le problème n’est pas que Barbara Butch soit défendue. Le problème commence lorsque cette protection ressemble à un privilège réservé aux artistes politiquement compatibles.



Blanche Gardin : le silence, les soupçons et le téléphone qui ne sonne plus

Blanche Gardin n’a pas été chassée d’une scène sous des jets de bouteilles. Son récit concerne une sanction plus discrète, donc beaucoup plus facile à nier : le téléphone cesse de sonner, les projets disparaissent, les anciens soutiens deviennent soudain très occupés. « Depuis le sketch sur Gaza, je ne reçois plus de propositions de cinéma », a-t-elle expliqué. Elle a également évoqué des menaces de mort, du harcèlement téléphonique et des inscriptions sur la porte de son immeuble.

Il n’existe évidemment aucun registre officiel du boycott professionnel, avec tampon du CNC et signature du producteur. L’exclusion culturelle fonctionne rarement par courrier recommandé. Elle passe par des décisions individuelles, des refus sans explication et cette formule commode : « Ce n’est pas le bon moment. » Un réalisateur ayant travaillé avec elle a néanmoins confirmé que certaines personnes avaient mal réagi à l’idée de tourner avec l’humoriste. Voilà une mise au ban suffisamment diffuse pour que chacun puisse affirmer qu’elle n’existe pas.

Le contraste reste saisissant. Pour Barbara Butch, une interruption de concert devient en quelques heures une attaque nationale contre la liberté de création. Pour Blanche Gardin, des mois de menaces et d’assèchement professionnel sont traités comme les conséquences presque naturelles d’un sketch jugé douteux. Dans un cas, les institutions sortent les grands principes. Dans l’autre, elles sortent par la porte de service.



La proposition de loi Yadan

La contestation de Barbara Butch était notamment liée à sa signature d’une tribune favorable à la proposition de loi Yadan, proposition de loi numéro 575 visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme. Le texte prévoyait notamment de nouvelles infractions concernant l’apologie du terrorisme et l’appel à la destruction d’un État. Très contesté pour les risques qu’il faisait peser sur la liberté d’expression politique, il a été retiré par son auteure le 16 avril 2026.

Barbara Butch a depuis reconnu avoir signé la tribune sans avoir lu le texte législatif. Elle a déclaré qu’avec le recul, cette proposition n’était plus « alignée » avec ses convictions et que le projet était critiquable. Elle a également expliqué que sa présence en 2025 à la résidence de l’ambassadeur de France à Tel-Aviv répondait à l’invitation d’un ami. Ces réponses, rapportées dans son entretien consacré à Israël, Gaza et à la loi Yadan, ne convainquent pas grand monde.

À l’inverse, critiquer Benyamin Netanyahou, l’armée israélienne ou une proposition de loi favorable aux positions israéliennes ne devrait pas conduire automatiquement au banc des accusés pour antisémitisme. Cette distinction élémentaire semble pourtant devenir facultative dès qu’un humoriste s’approche d’un micro.


La liberté d’expression française ressemble de plus en plus à une salle de spectacle avec physionomiste. Certains artistes entrent par le tapis rouge, entourés de ministres et de signataires prestigieux. D’autres restent derrière la barrière, priés de comprendre que leur humour n’est plus tout à fait conforme à la programmation. Sur la façade, l’établissement affiche toujours « liberté ». À l’intérieur, la direction se réserve manifestement le droit d’admission.


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