Des jardins potagers contaminés par un pesticide jugé « incontrôlable »

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22 janvier 2026


Du prosulfocarbe, un herbicide utilisé dans les grandes cultures céréalières, a été retrouvé dans les fruits et légumes cultivés chez des particuliers, révèlent des analyses menées dans le Loir-et-Cher.

Son nom ne vous dit peut-être rien, pourtant, le prosulfocarbe est devenu le deuxième herbicide le plus utilisé en France, juste derrière le glyphosate. En 2023, 6 326 tonnes de ce désherbant utilisé en agriculture conventionnelle y ont été vendues.

Commercialisé par la multinationale agrochimique Syngenta, il est pulvérisé sur les champs de céréales d’hiver (blé, orge, avoine, seigle…) et de pommes de terre pour préserver leurs tout jeunes semis des herbes indésirées.

On savait que le prosulfocarbe contamine massivement certaines cultures biologiques, notamment le sarrasin, au point de pousser des agriculteurs à abandonner cette production. Des résidus avaient également été retrouvés dans le quinoa, les pommes et la roquette. On sait désormais qu’il ne s’arrête pas aux champs : il contamine aussi les fruits et légumes de jardins particuliers.

C’est le résultat d’analyses menées en novembre auprès de 25 personnes habitant dans cinq zones du Loir-et-Cher par le Groupement des agriculteurs biologiques du département (Gablec 41) avec la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) et Générations futures et publiées le 22 janvier dans une étude.

Résultats : le prosulfocarbe a été retrouvé dans 10 des 15 fruits et légumes testés. Il s’agit d’échantillons de pommes, de raisins et de poireaux. Dans 40 % des échantillons, les limites maximales en résidus ont même été dépassées de 2,6 fois jusqu’à 35 fois.

« Le prosulfocarbe a été retrouvé dans 10 des 15 fruits et légumes testés »

« Ces jardiniers amateurs concernés par ces dépassements ont donc consommé des fruits ou des légumes produits dans leur jardin avec des taux dépassant les limites autorisées pour la commercialisation ! » relèvent le Gablec 41, la Fnab et Générations futures.

Et d’après l’étude, plus on habite en zone rurale, plus la contamination est importante : les échantillons dans lesquels le prosulfocarbe a été quantifié sont tous situés en milieu rural. Ce qui montre clairement une influence forte de l’activité agricole.

Comment le prosulfocarbe se retrouve-t-il là ? En raison de la volatilité de cet herbicide, « capable de parcourir de longues distances, de l’ordre de plusieurs kilomètres, voire dizaines ou centaines », selon une note de 2017 de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

Quoique l’étude porte uniquement sur le Loir-et-Cher, pour les organisations environnementales, « il y a tout lieu de penser que la situation est comparable dans tous les départements où le prosulfocarbe est très utilisé, voire pire dans certaines zones ». Et cela n’a rien d’un détail, alors que 20 % des ménages français ont consommé des produits alimentaires de leur propre production ou celle d’un autre ménage en 2017, selon l’Insee.

Malgré des restrictions sur les conditions d’usage prises par l’Anses depuis 2018, la molécule se balade et s’incruste partout, explique François Veillerette, porte-parole de Générations futures : « Un pesticide à la diffusion environnementale aussi incontrôlable n’a plus sa place sur le marché français. »

« Le potentiel cancérigène toujours pas évalué »

Le ton est alarmant, puisque le prosulfocarbe est déjà classé toxique pour les milieux aquatiques. Même s’il n’est pas considéré comme une substance cancérigène, mutagène ou reprotoxique (CMR) ou perturbateur endocrinien, les organisations environnementales s’inquiètent des conséquences sur la santé humaine sur le long terme. « L’évaluation du prosulfocarbe est très ancienne, le dernier avis de l’Efsa [l’Autorité européenne de sécurité des aliments] date de 2007 et contient des défaillances très préoccupantes dans l’évaluation des propriétés cancérigènes de la substance », ajoute François Veillerette.

Il fait ici référence à deux études de cancérogénicité datant de 1987 et 1988, où l’apparition de tumeurs chez des souris et des rats exposés pendant deux ans à l’herbicide a été attribuée au hasard, sans lien avec l’exposition au prosulfocarbe. Malgré leurs lacunes méthodologiques, ces deux études ont été acceptées par l’Efsa, déplorent Générations futures, le Gablec 41 et la Fnab.

En clair : l’évaluation des propriétés cancérigènes du second herbicide le plus utilisé en France se base toujours sur des études non conformes et datant de près de quarante ans. Pour Générations futures, « cela revient à dire que le potentiel cancérigène du prosulfocarbe n’a toujours pas été évalué ».

Du côté des perturbateurs endocriniens aussi, il y a des doutes. Selon une étude publiée dans la revue Science of The Total Environment début janvier, le prosulfocarbe a un impact potentiel sur les hormones thyroïdiennes et sexuelles, « suggérant un effet perturbateur endocrinien, avec des implications possibles sur le métabolisme ».

Le retrait de la molécule exigé

En dépit des nombreuses alertes depuis des années sur les cas de cultures contaminées par le prosulfocarbe, les contaminations ne sont pas prêtes de s’arrêter. « L’approbation du prosulfocarbe, qui expirait en 2018, a été prolongée jusqu’en 2027 au niveau européen. Et ce sera probablement au-delà de cette date, puisque le Portugal, qui doit évaluer le dossier de renouvellement de l’herbicide, n’a toujours pas publié son rapport d’évaluation », précise l’étude.

Pour protéger les cultures professionnelles voisines, mais aussi les jardins potagers et vergers privés du prosulfocarbe, les associations demandent ainsi un retrait des autorisations de mise sur le marché de cet herbicide. Ce, en attendant la réalisation d’une étude nationale de contamination au prosulfocarbe, et l’interdiction de son usage à moins de 1 km des jardins potagers et vergers privés. Dans ce cadre, Générations futures et la Fnab vont saisir l’Anses.

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