" La dignité n’est pas un crime. La révolte n’est pas une pathologie....Le vrai scandale, ce n’est pas la colère" par Rod Lediazec
https://rodlediazec.blogspot.com/2026/01/lopacite-arme-de-distraction-massive.html
L’Opacité, arme de distraction massive
lundi 19 janvier 2026
Il
y a des matins où l’on se réveille avec la certitude que quelque chose
ne tourne pas rond. Pas seulement parce que les prix flambent, que les
services publics se désagrègent, ou que les inégalités creusent des
fossés de plus en plus profonds. Mais parce qu’on nous serre la gorge
avec un sourire. Parce qu’on nous explique, avec des mots polis par les
communicants, que la résignation est une vertu, que le silence est une
preuve de maturité, et que la colère est un luxe pour immatures.
Après les Gilets jaunes, présentés comme des fauteurs de trouble et des « individus réfractaires à la raison »,
voici les agriculteurs accusés de paralyser le pays, les soignants que
l'on applaudissait en 2020 et que l'on jette en 2026, les jeunes des
quartiers populaires criminalisés, comme s'il n'existait pas dans ces
territoires marginalisés des millions de personnes qui, chaque jour, se
lèvent à l'aube et empruntent les transports pour gagner dignement leur
vie.
La recette est toujours la
même : désigner un bouc émissaire. De préférence, celui qui a du mal à
respirer. Pendant ce temps, les vrais décideurs — ceux qui signent les
décrets dans l’ombre, ceux qui siègent dans les conseils
d’administration — continuent de tirer les ficelles, invisibles et
intouchables.
On nous parle de « paix sociale »
comme d’un idéal à atteindre. Mais cette paix-là sent le moisi. C’est
une chambre close, le compromis pourri, la promesse non tenue. C’est une
paix qui exige qu’on ferme les yeux sur les dessous de table, qu’on
avale les réformes sans broncher, qu’on accepte que l’hôpital public se
meure, que les campagnes se vident, que les salaires stagnent et que la
nation se désintègre sans piper mot.
Une
paix faite de guerre comme n’arrête pas de le répéter l’imposteur en
chef !
Et quand la colère gronde, lorsque les corps se dressent enfin, on
ressort les réflexes archaïques : la répression, le dédain, les
manchettes qui transforment une revendication en émeute, un désespoir en
délinquance. Et un homme intègre en fasciste, porteur congénital de peste brune !
On nous serine : « Il ne faut pas briser les vitrines. » Mais qui brise nos existences, jour après jour, avec la froideur d’un algorithme et la brutalité d’un bilan comptable ?
Les
mots ne sont plus des outils pour dire le monde. Ils sont devenus des
armes pour cacher la malveillance.
La révolte n’est pas une maladie, c’est un acte de dignité essentiel.
Lorsque des milliers de voix s’élèvent simultanément. Lorsque les
ronds-points se muent en agoras, que les places publiques se
transforment en tribunaux populaires. Une foule qui réfléchit, qui
s’exprime, qui s’organise, est une menace bien plus redoutable qu’une
foule qui saccage.
Et si, au lieu
de nous entre-déchirer, on se posait enfin la bonne question : qui
profite de cette opacité ? Qui a intérêt à ce qu’on ne voie pas les
mains qui tirent les ficelles ?
La
dignité n’est pas un crime. La révolte n’est pas une pathologie. C’est
le refus de l’opacité qui est sain. C’est l’exigence de transparence qui
est révolutionnaire.
Le vrai scandale, ce n’est pas la colère. C’est ce contre quoi elle se lève.

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