" Retenez bien cette date : mardi 20 janvier 2026"
de : Franck Pengam
Fondateur de Géopolitique Profonde
Cher lecteur,
Retenez bien cette date : mardi 20 janvier 2026.
Ce jour-là, le gouvernement de Sébastien Lecornu a engagé sa responsabilité via le premier d’une série de trois 49.3.
Oui, trois.
Trois passages en force programmés à l'avance.
Le premier sur les « recettes ». Le deuxième sur les « dépenses ». Le troisième sur l'ensemble du texte.
Le tout devrait être bouclé mi-février. Sans qu’aucun vote d’adoption du budget n’ait eu lieu.
Bienvenue dans la « démocratie » française version 2026.
L'exception devenue la règle
Rappelons ce qu'est censé être le 49.3 : une procédure présentée comme exceptionnelle, destinée à surmonter des blocages politiques majeurs.
Dans les faits ?
Depuis 2022 et la perte de la majorité absolue par le camp Macron, le 49.3 est devenu l'outil de gouvernance par défaut.
Élisabeth Borne a utilisé le 49.3 plus de vingt fois durant son passage à Matignon, un record.
Et maintenant Lecornu prend le relais.
Mais cette fois, il y a quelque chose de nouveau. De plus grave encore.
Le débat a été interrompu avant même d'être épuisé
Jeudi 15 janvier, peu avant minuit, le ministre des Relations avec le Parlement Laurent Panifous est intervenu dans un hémicycle quasi désert pour annoncer l'annulation des séances de vendredi et de lundi.
Les débats étaient suspendus. Avant même leur terme.
La justification officielle ? « Nous nous éloignons définitivement d'un texte de compromis acceptable par une majorité de députés. »
Autrement dit : le gouvernement a décidé préventivement qu'il n'obtiendrait pas de majorité. Alors il a coupé court.
Pas d'obstruction insurmontable. Pas de blocage institutionnel. Juste un constat d'échec anticipé — et la décision de passer en force.
Matignon a mis en cause le RN et LFI, accusés d’obstruction permanente, pour justifier cette interruption.
Traduction : quand l'opposition s'oppose, c'est du sabotage. Quand le gouvernement impose, c'est de la « responsabilité ».
Le PS achète sa survie
Comment Lecornu compte-t-il survivre aux motions de censure qui vont être déposées après chaque 49.3 ?
Simple : il a acheté le Parti socialiste.
- Hausse de la prime d'activité de 50€ par mois
- Repas universitaires à 1€ pour tous les étudiants
- Maintien de MaPrimeRénov'
- Surtaxe de 8 milliards d'euros sur 300 grandes entreprises
En échange, Boris Vallaud a confirmé que les socialistes ne voteraient pas la censure.
Le 49.3 serait selon lui « la moins mauvaise des solutions ».
La moins mauvaise des solutions. Vous avez bien lu.
Un parti qui se dit de gauche, qui prétend défendre le Parlement et la démocratie, qui accepte de cautionner trois passages en force successifs — en échange de quelques mesures sociales dont le financement reste flou.
Même Yaël Braun-Pivet, la présidente de l'Assemblée nationale, a dû reconnaître : « C'est la démocratie qui perd. »
Ce que révèle cette séquence
Observons la mécanique à l'œuvre :
1. Le gouvernement ne dispose pas de majorité.
2. Au lieu de chercher un vrai compromis ou d'accepter le verdict des urnes, il interrompt les débats.
3. Il négocie en coulisses avec un seul parti pour s'assurer une non-censure.
4. Il programme à l'avance trois utilisations d'une procédure « exceptionnelle ».
5. Et il présente le tout comme un acte de « responsabilité ».
Ce n'est plus de la politique. C'est de la gestion de crise permanente, où le Parlement n'est plus qu'une chambre d'enregistrement — quand il n'est pas purement et simplement court-circuité.
Bruno Retailleau, l'ancien ministre de l'Intérieur, a résumé la situation sans détour : « Ce budget reprend tous les ingrédients socialistes qui ont conduit au déclin de la France. Ce budget entérine le fait qu'il faudra attendre l'élection présidentielle pour mener les réformes dont le pays a besoin. »
Attendre 2027. Toujours repousser. Jamais réformer.
Et pendant ce temps…
- La dette publique atteint 3 416 milliards d'euros, soit 115,6% du PIB.
- La charge des intérêts de la dette atteindra 74 milliards d'euros en 2026 — premier poste de dépenses de l'État.
- François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a averti le 10 janvier : « Si la France ne réduit pas son déficit à maximum 5% du PIB en 2026, elle se met dans la zone rouge de danger. »
Un « étouffement générationnel », selon ses propres mots.
Mais qui s'en soucie ? Le budget sera « promulgué mi-février ». Sans vote. Et la machine continuera de tourner.

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