Pesticides et pathologies cancéreuses et neurologiques - Un médecin dénonce -

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Ce médecin opposé aux pesticides que l’extrême droite veut faire taire

Par Emmanuel Clévenot  Mis à jour le 8 janvier 2026



Médecin, Louis-Adrien Delarue refuse de voir défiler dans son cabinet davantage de malades du cancer. Il a décidé de se battre contre les pesticides et les élus les promouvant. Quitte à finir au centre d’une plainte d’une députée d’extrême droite.

Angoulême (Charente), reportage

Le Dr Bruno Sachs est médecin de campagne. Pas de ces vieux toubibs hermétiques à la misère humaine. Plutôt de ceux attentifs et bienveillants. Parfois rongés par ce trop-plein de malheur défilant dans leur cabinet. Sauf que le Dr Bruno Sachs n’existe pas. Il est le héros malgré lui du romancier Martin Winckler dans son best-seller La Maladie de Sachs. Le bouquin préféré de Louis-Adrien Delarue, et on comprend vite pourquoi.

Ajoutez au personnage fictif un peu de rébellion, du grunge de Nirvana et une touche du film Goliath — où l’acteur Pierre Niney incarne la froideur terrifiante des lobbyistes de l’agrochimie —, et vous obtiendrez un premier portrait-robot de l’homme que l’on attend au Café des halles d’Angoulême, en cette fraîche matinée de décembre.

Il débarque avec un bon quart d’heure de retard, lunettes embuées et front perlé de gouttelettes. « Toutes mes excuses… J’enchaîne les rendez-vous avant de baisser le rideau pour les fêtes. » Les vendredis du généraliste sont sacrés : aucune consultation à l’agenda, c’est sa journée militante. Son écharpe déroulée, le quadra commande un allongé et rembobine la cassette de son enfance.

Petits fours et bourgeoisie

Naissance : le 6 mars 1980, au Havre. Premier port d’attache véritable : Versailles. Son père, diplômé de la prestigieuse HEC — même promo qu’un certain François Hollande —, côtoyait la haute. Partageant tantôt la tête de l’ancêtre de l’armateur de porte-conteneurs CMA CGM, tantôt celle du groupe Crédit Mutuel. Un aristo ? « Non, mais un bourgeois assurément », nuance son fils. Le petit Louis-Adrien traînait ainsi dans les cocktails sélects, où il croisa entre autres le Premier ministre Laurent Fabius.

« J’ai rompu les liens à mon dix-huitième anniversaire », claque-t-il. Pour des histoires intimes l’ayant poussé à choisir le camp maternel, d’une part. Parce qu’il exècre tout ce qu’incarne le paternel, d’une autre. Ce capitalisme élitiste des plus froids. « Il n’a jamais supporté que je devienne un simple généraliste. Lui me rêvait chirurgien ou cardiologue. » Le docteur en parle avec détachement, le cœur léger. Il a eu la chance de goûter à deux univers que tout oppose, les a comparés, et a choisi le sien.

« Mes vraies racines sont paysannes », dit-il, la fierté retrouvée. Une fois le divorce prononcé, il a suivi sa mère, infirmière et fille d’éleveurs, dans les Deux-Sèvres. La ferme des grands-parents s’est métamorphosée en terrain de jeu des grandes vacances, et les genoux de papy sont devenus le meilleur rehausseur pour conduire le tracteur. Louis-Adrien Delarue revoit encore son aïeul y grimper à 90 ans passés, et sa mamie continuer d’élever « trois poules et un cochon » jusqu’au dernier sommeil. « Cette maison, c’est ma madeleine de Proust », sourit-il.

Parkinson à 40 ans

Léchant son pouce pour mieux dompter les pages, un vieil homme feuillette le canard local à l’extrémité de la banquette. Dehors, les cabanons du marché de Noël se réveillent péniblement, chahutés par le crachin matinal. Louis-Adrien Delarue se fait plus grave : en octobre, quatre de ses patients âgés de moins de 40 ans ont déclaré un cancer. Dont trois du sein. Neuf mois plus tôt, le professeur Fabrice Barlesi, oncologue et directeur de l’Institut Gustave Roussy, évoquait un imminent « tsunami » de cancers précoces. Une tendance « absolument palpable », confirme le praticien charentais.

Et le voilà lancé dans une démonstration bien ficelée : « Le lien entre les pesticides et les pathologies cancéreuses et neurologiques est de mieux en mieux documenté. » Une myriade de travaux scientifiques appuie chacun de ses arguments. Quelques anecdotes familiales aussi. Comme celle de ce cousin, agriculteur conventionnel, victime de la maladie de Parkinson à 40 ans. « Il est mort cette année dans des conditions pas croyables, déplore Louis-Adrien Delarue. Son frère, lui, est né la langue pendante. Sans jamais pouvoir communiquer. »



En juillet, Louis-Adrien Delarue était aux côtés de Fleur Breteau, cofondatrice du collectif Cancer Colère, dans les tribunes de l’Assemblée nationale pour dénoncer la loi Duplomb, dévastatrice pour la santé. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Pas question d’aborder ces sujets de ce côté-là de la cousinade. « Pauv’ gars. Encore un qui mourra jeune », lançait-on simplement lorsqu’un voisin contractait une tumeur. C’était comme ça. Et personne ne cherchait à savoir pourquoi. Personne ou presque.

Une fois à la fac de médecine de Poitiers, le toubib en herbe ne manquait pas d’opérer un crochet par la ferme de ses aïeuls. Une brioche achetée en chemin, une tasse de café au creux de la paume, et le trio passait des heures à discuter. « Ne pas s’être affranchi des pesticides au lendemain de la guerre a sûrement été le plus grand regret de mon grand-père. Il en parlait souvent les larmes aux yeux. »

Dans le viseur du RN

Derrière les consultations, et les diagnostics qu’elles amorcent, se cachent des destins déchirés. Le généraliste le sait bien. Un cancer peut aussi être synonyme de couples qui se séparent, de proches vous tournant le dos, et de peur dévorante de la mort. Pour ces malades, il a décidé d’être là où on ne l’attendait pas. Là où l’on imagine mal une blouse blanche se glisser.

Tantôt perché dans les tribunes de l’Assemblée nationale, aux côtés de Fleur Breteau, figure du collectif Cancer Colère — l’une des grandes rencontres de sa vie —, pour pointer « les alliés du cancer ». Tantôt sur le blocage furtif d’une usine BASF, géant de l’agrochimie accusé de produire un pesticide pourtant interdit.

« Bonjour, c’est la gendarmerie »

Ce militantisme décomplexé lui a toutefois valu un inattendu coup de téléphone, le 1er décembre : « Bonjour, c’est la gendarmerie. » En pleine consultation, le praticien a appris sa convocation au poste avec prises d’empreintes et photo de face. Au bout de la ligne, son interlocuteur a fini « par cracher le morceau » : la députée du Rassemblement national, Caroline Colombier, a déposé plainte contre le quadra pour outrage envers un agent dépositaire de l’autorité publique. Son tort ? Un commentaire publié sur Facebook en réaction aux déclarations de la parlementaire sur l’acétamipride, un pesticide interdit que le projet de loi Duplomb entendait réautoriser.

Les mots exacts de l’intéressé ? « Heureusement que le ridicule ne tue pas, vous seriez morte deux fois dans la même interview. » Lui n’y voit pas d’injure. Juste un goût pour le sarcasme hérité des colonnes de Charlie Hebdo. Quant à la stratégie de la lepéniste ? « Une procédure-bâillon visant à éteindre le débat public, suppose-t-il. On croirait avoir affaire à une mafia. » Ce musellement des voix dissidentes lui évoque le chef-d’œuvre de George Orwell, 1984. Une dystopie devenue réalité à bien des égards. Contactée par Reporterre, Caroline Colombier n’a pas répondu à nos sollicitations.

Identités caviardées

De tels coups d’éclat médiatiques, Louis-Adrien Delarue en a signé d’autres. À commencer par une thèse retentissante, levant le voile sur les conflits d’intérêts gangrenant la Haute Autorité de santé. Et comme le redoutait l’étudiant d’alors, la soutenance — censée être une formalité — ne se déroula pas comme imaginé. « Faire des courbettes à un jury de professeurs en toge fixant leur petit nombril… Ce n’est pas ma tasse de thé, sourit-il. Mon sujet les a vexés. Certains l’ont pris pour eux et m’ont sacrément cuisiné. »

Pour valider son diplôme, et prononcer le serment d’Hippocrate, une condition lui a été imposée : noircir les noms des experts fautifs de recommandations frauduleuses, pointés du doigt dans le document de 216 pages.

« Ce silence sur les ravages des pesticides m’insupporte »

Omerta, non merci. Le soignant livrera en pâture ses travaux, un mois plus tard, sans en caviarder la moindre ligne. Les médias s’en saisiront. La justice aussi. Quatorze années se sont depuis écoulées, mais l’homme à la marinière n’a rien perdu de son envie de secouer l’univers feutré de la médecine : « Ce silence sur les ravages des pesticides m’insupporte. Pourquoi les professeurs n’en parlent pas à la fac, alors que la documentation existe depuis les années 1970 ? Certainement par peur de se faire rabrouer par le Conseil de l’Ordre. » Lui s’en moque : tant qu’il le pourra, il criera haut et fort dans l’espoir d’interpeller un à un ses collègues généralistes.

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