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dimanche 11 janvier 2026

L’Empire et ses miroirs

Pixabay
Quand un empire vacille, il lui faut toujours un coupable. Un homme à vouer aux gémonies, une silhouette propice au sacrifice. C’est la vieille habitude des puissances finissantes : choisir l’exorcisme plutôt que l’autopsie, l’incantation au lieu du diagnostic.

Les États-Unis n’échappent pas à la règle. L’empire qui se rêvait éternel, découvre que la force brute ne suffit plus à imposer le silence. Nous le voyons au Venezuela : la rhétorique démocratique ne suffit pas à voiler la brutalité du rapport de domination.
Pendant des décennies, Washington a dicté l’ordre du monde — le qui, le quand, le comment — et écrasé toute contestation par la force. Aujourd’hui, cette posture n’impressionne plus : elle inquiète, elle lasse, elle agace. Elle échoue.

Les empires meurent rarement d’une blessure unique. Rome n’est pas tombée à cause d’un empereur grotesque, qu’il se nomme Commode ou Tartanpion, mais parce qu’elle s’est étouffée dans sa propre vanité.

L’Amérique suit ce chemin : dette sans fond, inégalités criantes, désindustrialisation méticuleuse, institutions engluées, société fragmentée, démocratie vidée de sens. Trop riche pour se réformer, trop puissante pour douter, trop sûre d’elle pour écouter. La charité impériale, brandie comme un étendard moral, n’est qu’une arme de domination. Elle ne soulage pas, elle hiérarchise ; elle n’apaise pas, elle endort.

Donner avec arrogance, c’est apprendre à autrui l’insoumission. Acheter la paix sociale à crédit, c’est repousser l’explosion. L’humiliation, même courtoise, finit toujours par se venger. L’empire s’adore lui-même. Son idéologie, c’est l’auto-satisfaction ; sa stratégie, l’aveuglement. On ne répare plus la machine : on la célèbre. Jusqu’à ce qu’elle se fracasse contre le mur de l’absurde. 

Alors, on cherche un visage à abattre. Trump est aujourd’hui ce visage, simple miroir grossissant des maux qu’on refusait de nommer. Le condamner seul, c’est se donner bonne conscience. 

Pendant ce temps, le monde avance. La Chine, la Russie et d’autres émergents – la multipolarité pour bien la désigner – déplacent le centre de gravité. Ce n’est pas une chute, mais une lente dépression, un glissement silencieux. L’Amérique se réveille trop tard, découvrant qu’elle n’est plus le centre, mais un acteur parmi d’autres. 

Quand les fondations sont pourries, repeindre les façades ne sert à rien. Et admettre le déclin, c'est toucher à l’orgueil fondateur, celui de croire à la toute-puissance. Hélas, l’Histoire, capricieuse et patiente, finit par rappeler à l’ordre ceux qui prétendent la contrôler. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 
 

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